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Jeu (Le)
Richard Laymon
Milady, Thriller, traduit de l’anglais (États-Unis), suspense/épouvante, 564 pages, juillet 2017, 7,20€

Jane Kerry est la la directrice de la bibliothèque de Donnerville, une petite ville des États-Unis. Entre son domicile et son travail, elle mène une vie tranquille, ne fréquentant personne. Cette situation ne l’avantage pas, elle reconnaît d’ailleurs s’être empâtée.
Le jour où elle trouve une enveloppe à son intention, son quotidien en est chamboulé. À l’intérieur, 50 dollars et une lettre d’un mystérieux Maître du Jeu (MJ). Ce dernier lui propose de jouer avec lui sur la route de l’amusement et de la richesse. Sceptique et méfiante, elle résout tout de même l’énigme posée sur la cache d’une seconde enveloppe avec d’autres instructions et cette fois-ci 100 dollars.
Ce même soir, elle rencontre Brace Paxton, un professeur à l’université qui lui fait de l’effet. Nouveau changement d’importance et elle se demande si les deux sont liés. En tout cas, la voilà bien ferrée par MJ !



Richard Laymon est né en 1947 à Chicago et mort en 2001. « Le jeu » date de 1994 et a été traduit en 2007 par Bragelonne. 1994, donc pas de smartphones ou autres technologies récentes qui auraient facilité grandement la vie des protagonistes !
L’idée de départ s’avère pour le moins diabolique. D’emblée, quantité de questions se posent aux lecteurs, comme à Jane. Qui est MJ ? Est-ce une blague ? Brace est-il dans le coup ? La somme sera-t-elle à chaque fois doublée et que faudra-t-il faire pour la mériter ? Existe-t-il une fin au jeu ? Y en a-t-il seulement une issue ? Des interrogations qui parsèment « Le jeu » comme autant de leitmotive.

L’entrée dans le roman se fait sans temps morts : Jane est sur son lieu de travail, elle trouve l’enveloppe, découvre le jeu et rencontre Brace. La suite est conditionnée par ce départ, elle devient accroc au jeu et sent que Brace peut être l’homme de sa triste vie. Cette dernière formule n’est pas innocente, il s’agirait d’une femme comblée, elle ne se lancerait peut-être pas dans l’inconnu comme elle le fait. Brace souhaiterait qu’elle cesse, alors qu’elle est plus partagée. Il est clair que l’argent pimente le jeu. Sans lui, pourquoi prendre des risques ? Rapidement elle constate qu’il peut y avoir du danger, mais le succès appelle à poursuivre, surtout quand la somme attendue devient d’importance. De plus, sa vie prend soudain du relief, elle se sent mieux, trouve des bienfaits dans ces décharges d’adrénaline, alors pourquoi s’en priver ?
Richard Laymon fait très fort dans ce registre, il tisse une histoire vraiment passionnante qui se lit très rapidement, car le lecteur veut savoir, il veut découvrir ce qui attend Jane à chaque enveloppe. Lui aussi se demande ce qu’il ferait en pareil cas, jusqu’à où il serait prêt à aller pour gagner telle somme.

L’auteur ne s’encombre pas de multiples personnages : il y a Jane, Brace et le Maître du Jeu, en plus de protagonistes secondaires croisés brièvement. Le récit est donc centré sur Jane, ce qui permet amplement de creuser sa psychologie, ses motivations et l’impact du jeu sur elle. Là, Richard Laymon ne s’embarrasse pas forcément de vraisemblance, car son évolution physique est beaucoup trop rapide. En quelques jours et un peu de sport, elle ne risque pas de se muscler comme décrit ! Plus intéressant est l’assurance qu’elle acquiert au fur et à mesure. Elle prend conscience de ses capacités et devient plus confiante pour affronter la suite ou plus simplement la vie.
À l’image de MJ, le lecteur se transforme petit à petit en voyeur, assistant impuissant à la suite des événements.
Richard Laymon rivalise d’ingéniosité à ce niveau, lui réservant des étapes plus ou moins périlleuses. Il fait ainsi monter la tension qui atteint des sommets lors d’une invitation à un gala. Âmes sensibles s’abstenir ! Cette épisode soumet tout le monde à rude épreuve et l’horreur est atteinte. Pourtant, Richard Laymon essaie à la fin d’aller encore plus loin, mais cette surenchère dessert à mon sens le roman, car l’action tombe un peu dans le grand guignol, frisant même un certain ridicule. C’était ma crainte, car les trois quarts du roman sont si prenants qu’il me semblait difficile d’aller toujours plus loin dans l’épouvante sans franchir la limite pouvant éjecter le lecteur. Pour moi, il a voulu en faire de trop. Quel était vraiment le but ? Je me suis même demandé s’il n’avait pas voulu rajouter une touche de fantastique au final pour replacer l’ensemble dans un autre registre que le simple thriller. Il est vrai que bien des détails peuvent perturber (la maison de Jane s’apparente à un moulin ouvert aux quatre vents, MJ semble tout savoir...) et qu’ainsi l’explication est toute trouvée... sans être forcément satisfaisante.

Il n’en reste pas moins que « Le Jeu » appartient à cette classe des thrillers redoutables qui collent aux mains. L’envie de savoir la suite pousse à tourner les pages, à lire toujours un chapitre supplémentaire pour avancer vers la compréhension, du moins vers une nouvelle enveloppe. Toutefois il est dommage que Richard Laymon soit allé aussi loin dans la surenchère - peut-être dans une tentative de sortir du lot à cette période ?-, ce qui peut laisser sur un sentiment mitigé. Un peu dommage pour ce roman qui remue les lecteurs et les confronte à une situation improbable et ô combien déstabilisante. Dans le cas de Jane, chacun peut s’interroger sur ses propres réactions dans pareil cas. Pas facile de répondre et on ne peut que s’en réjouir...


Titre : Le jeu (In the Dark, 1994)
Auteur : Richard Laymon
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Arnaud Demaegd
Couverture : Photographie © Andy & Michelle Kerry / Trevillion Images
Éditeur : Milady (édition originale : Bragelonne, 2007)
Collection : Thriller
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 564
Format (en cm) : 11 x 17,7
Dépôt légal : juillet 2017
ISBN : 978-2-8112-3732-5
Prix : 7,20 €


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
24 juillet 2017






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