YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Hanse galactique (La), tome 2 : Aux comptoirs du cosmos
Poul Anderson
Le Bélial’, recueil traduit de l’anglais (États-Unis), science-fiction, 272 pages, juin 2017, 20€

L’intégrale de « La Hanse galactique » est prévue en 5 tomes. Le premier volume « Le prince-marchand » était consacré à Nicholas van Rijn, le directeur de la Compagnie Solaire des épices et liqueurs. Le second « Aux comptoirs du cosmos » élargit le champs des personnages avec l’introduction d’un autre acteur majeur dans le cycle, à savoir David Falkayn.
Ce recueil présente 5 nouvelles inédites, les deux premières mettant en scène David Falkayn, les deux suivantes, Nicholas van Rijn, et la dernière, plus légère, Adzel, un alien aux allures de dragon.



“La roue triangulaire” et “Un soleil invisible” permettent de découvrir David Falkayn qui n’est pas encore Prince-marchand mais qui gravit les échelons. Dans la première, suite à une avarie sur une planète inhospitalière où l’usage de la roue est tabou, la survie de l’expédition n’est qu’une affaire de semaines. Alors que le marchand essaie de lever cette interdiction en élargissant le savoir des religieux et en semant les germes de la révolte, Falkayn est sur le terrain et doit lutter pour sa vie.
Dans la seconde aventure, ayant montré ses capacités, il est envoyé sur Elan-Trrl. Les affaires de la compagnie sont menacées par des envahisseurs venus d’on ne sait où. À nouveau, ce n’est pas le marchand mais Falkayn qui démêle l’imbroglio.

“Ésaü” illustre très bien les qualités à posséder pour accéder au titre de Prince-marchand, donc à cette position. Dalmady défend son bilan devant Nicholas van Rijn. Il aimerait connaître la raison de son éviction de Soliman et sa convocation au QG. Malgré la prestance de van Rijn, il ne s’en laisse pas conter.
“Cache-cache” met Nicholas van Rijn sur le devant de la scène. Le capitaine du vaisseau lui annonce que la propulsion du vaisseau est endommagée et qu’il n’y a quasi aucun espoir d’échapper à leurs ennemis. Ensemble ils ont une idée, mais des complications inattendues se présentent. Pour moi, il s’agit là du meilleur texte d’« Aux comptoirs du cosmos ». Le problème posé s’avère original et chacun peut réfléchir à sa solution. Une belle inventivité se dégage de “Cache-cache” à tous les niveaux.

“L’ethnicité sans peine” se révèle plus léger que le reste. Jim aimerait entrer à l’Académie ou encore mieux dans la Ligue Polesotechnique comme apprenti, mais ne se consacrer qu’à ses études n’est pas forcément suffisant. Son conseiller essaie d’élargir son horizon. Pour tout concilier, Jim voit en son ami Adzel une réponse toute trouvée. Il faut dire que cet alien ressemble à s’y méprendre à un dragon !

Même si les 5 nouvelles ne sont pas centrées autour des mêmes personnages, elles tournent toutes autour de la Ligue Polesotechnique et de ses marchands. Elles mettent en avant les qualités qu’il faut pour l’intégrer : esprit d’initiative, pouvoir se tirer de toutes les situations en conservant toujours le profit comme objectif, garder la tête froide... Et quand on est au sommet de la pyramide comme Nicholas van Rijn, il faut savoir bien s’entourer et rester au-dessus de la mêlée. “Cache-cache” est symptomatique de sa façon de faire. Il semble ne s’y adonner qu’aux plaisirs de la chair, il se goinfre et boit sans cesse, sa compagne est aussi belle qu’il est repoussant... et pourtant il l’emporte toujours sur les autres. C’est ce qui fait le charme du personnage. Ce recueil apporte un pendant à ce colosse, David Falkayn qui doit toujours faire ses preuves pour monter en grade. Même s’il est issu de la noblesse, ce dernier apparaît plus sympathique que van Rijn, plus abordable, plus simple. Quelle évolution pour lui dans les prochains tomes ?

Dans « Aux comptoirs du cosmos », l’imagination de Poul Anderson fait des merveilles en mondes exotiques et extraterrestres divers. La couverture de Nicolas Fructus en montre un exemple en compagnie de David Falkayn, illustration de “La roue triangulaire”. C’est une des grandes forces de ce recueil, le voyage et la découverte.
En introduction, Jean-Daniel Brèque met le doigt sur ce qui pèche un peu. À chaque fois, un problème est posé et la nouvelle tourne autour de sa résolution. Dès que celle-ci est effective, la fin est balancée en deux temps trois mouvements, ce qui est un peu frustrant. Historiquement, le cycle de « La Hanse galactique » est paru dans les pages d’« Astounding » (puis « Analog ») et John W. Campbell Jr était justement adepte de ces problem stories. Il faut tout de même reconnaître que le cycle a bien vieilli.

Comme dans « Le prince-marchand » figure en conclusion une chronologie de la Civilisation technique établie par Sandra Miesel. Une bonne occasion de découvrir ce qui nous attend dans les trois prochains tomes de « La Hanse galactique ».

Le titre « Aux Comptoirs du cosmos » ne ment pas. Là où il peut y avoir commerce, la Ligue Polesotechnique se doit d’y être. Le profit avant tout. Encore faut-il trouver les êtres possédant les qualités pour être de bons marchands. Les nouvelles de ce recueil dévoilent justement ce qui est attendu pour intégrer ce groupe influent. Et alors, à vous les mondes exotiques, les interlocuteurs les plus improbables !
Poul Anderson séduit par son imaginaire, son invitation permanente au voyage à la découverte de l’exotisme. Il le fait habilement, car il en appelle à l’intelligence des protagonistes, en titillant bien sûr aussi celle des lecteurs.
La lecture est dépaysante et plaisante en compagnie de personnages que l’on retrouvera avec plaisir dans de prochaines aventures dans des coins perdus de l’univers, du moment qu’il y a quelque chose à en tirer.


Titre : Aux comptoirs du cosmos
Regroupant : La roue triangulaire (The Three-Cornered Wheel, 1963), Un soleil invisible (A Sun Invisible, 1966), Ésaü (Esau, 1970), Cache-cache (Hiding Place, 1961) et L’ethnicité sans peine (How to Be Ethnic in One Easy Lesson, 1974)
Série : La Hanse galactique, tome 2
Auteur : Poul Anderson
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Jean-Daniel Brèque
Couverture : Nicolas Fructus
Éditeur : Le Bélial’
Directeur de collection : Olivier Girard
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 272
Format (en cm) : 13,9 x 20,5
Dépôt légal : juin 2017
ISBN : 978-2-84344-921-5
Prix : 20 €


Également sur la Yozone :
- Hanse galactique (La), tome 1 : « Le prince-marchand »

- « L’épée brisée »
- « Tau Zéro »
- « Le Chant du Barde »
- « La Patrouille du Temps »
- « Trois Cœurs, Trois Lions »
- « Les Croisés du Cosmos »
- « Barrière mentale et autres intelligences »


Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen[at]yozone.fr


François Schnebelen
19 juillet 2017






JPEG - 34.7 ko



WebAnalytics