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Lockwood & Co., tome 3 : Le Garçon Fantôme
Jonathan Stroud
Albin Michel, Wiz, roman (USA), fantastique, 470 pages, avril 2016, 17€

L’agence Lockwood & Co est toujours à flots. Et parce que le Problème, cette présence de spectre, enfle sur Chelsea, occupant les grandes et prestigieuses agences, nos trois ados ont du travail à revendre. Exorciser un Changeur meurtrier qui sévissait dans une pension de famille de Whitechapel ne leur offre que les honneurs de la page 7 du journal, ce qui ne satisfait pas Lockwood. Déterminé à mettre un coup d’accélérateur à l’agence, il décide de recruter. Débarque alors Holly Munro, qui hérisse immédiatement Lucy : le jeune fille est la quasi perfection incarnée, gère la maison et l’agence, prend leurs rendez-vous, cuisine leurs repas et s’occupe de leur linge. Son omniprésence lui tape vite sur les nerfs, d’autant qu’elle a l’approbation des deux garçons. Lucy voit peu à peu se creuser le fossé entre elle et Lockwood, qui peine à se dévoiler. Et le crâne dans son sac n’est pas forcément là pour lui remonter le moral...



Départ sur des chapeaux de roues pour ce 3e tome, puisque Jonathan Stroud, en bon faiseur, nous immerge immédiatement au pire moment du dérapage de l’intervention de l’équipe à la Pension Lavande.
Nous découvrons, à l’issue de cette affaire, un trio rincé par le rythme effréné des interventions. Pourquoi ? d’abord, parce que Lockwood court toujours après une reconnaissance professionnelle que les exorcismes, même spectaculaires, dans les bas quartiers ne lui apporteront pas. Ensuite, parce que la concurrence est réquisitionnée par le DERCOP pour endiguer l’inexplicable flot d’apparitions qui envahit peu à peu Chelsea, une zone habituellement calme.
Pour lutter contre cet épuisement qui les guette, Lockwood recrute donc Holly, qui a toutes les qualités. Ce qui horripile Lucy, et comme c’est elle la narratrice de ces histoires, nous adoptons forcément son point de vue : la concurrence féminine est mal vue. Petit à petit, Holly s’insinue dans leur vie, certes pour y mettre de l’ordre, mais Lucy le perçoit comme une réelle intrusion. Et George et Lockwood qui opinent à chacune de ses initiatives, car Holly a travaillé pour une grande agence et ses conseils valent de l’or ! Portland Row passe sous la coupe réglée de la jeune secrétaire, au grand déplaisir de Lucy.
Pour seul confident, la jeune fille n’a que le crâne, un Type 3 (ou ce qu’il en reste) enfermé dans un bocal, et qui parvient à communiquer clairement avec elle. Mais le fantôme est sarcastique en diable, et joue davantage la mauvaise conscience. Comme il n’y a qu’elle qui l’entend, cela crée souvent des scènes cocasses aux dialogues savoureux.

Le développement particulier du Talent d’Ouïe de Lucy est néanmoins au centre de cette histoire. Si elle communique avec le crâne « parce qu’il le veut bien », elle profite de leur surcharge de travail, et donc de missions en solo, pour outrepasser les règles et tenter de comprendre les revenants, au lieu de les bombarder simplement de sel ou de limaille de fer. C’est ainsi qu’elle permet à un grand-père pingre de partir en paix, en révélant la cachette de son magot. Bien décidée à rééditer l’expérience, elle essaie d’entendre la victime d’un crime dans une grosse affaire sur laquelle tout l’agence, Holly y compris, se rend. L’affaire, très complexe, tourne très mal, et la tentative de Lucy les met tous en danger. Refusant de voir le potentiel de ce Talent, Lockwood lui ordonne de s’en tenir aux procédures. Et... bien sûr, Lucy ne va pas l’écouter, surtout pour résoudre l’affaire majeure de Chelsea auxquels ils arrivent enfin à être mêlés, le DERCOP contraint de les accepter après un coup d’éclat lors d’une démonstration publique.

Les sentiments de Lucy pour Lockwood vont donc être mis à rude épreuve, au grand dam de la jeune fille qui pensait avoir trouvé sa place et être parvenue, peu à peu, à faire fondre la carapace du spirite. Il accepte, notamment, de leur ouvrir la pièce close de la maison, et révèle quelques détails sur la mort de sa sœur. Néanmoins l’arrivée d’Holly remet en question leur rapprochement, et le refus de Lockwood d’envisager une autre façon d’aborder les spectres les rendra irréconciliables, malgré leur proximité dans les pires épreuves.
Et avec l’affaire de Chelsea, des épreuves, il y en aura. Le DERCOP et les grandes agences dépassées par ce phénomène aussi spontané qu’inexplicable, les réponses sont aussi variées qu’inefficaces, jusqu’à cette décision, pour rassurer la population, d’organiser un grand défilé, avec chars façon carnaval, de toutes les agences. Défilé qui tourne au drame, ou peu s’en faut, et lève le voile sur les tensions sous-jacentes de ce Londres fantastico-uchronique.

En plus des rapports entre les personnages (Lucy et Lockwood, George restant en retrait) et de l’aspect fantastique avec la traque des fantômes, c’est le décor qui fait une grande partie du charme des aventures de « Lockwood & Co. ». Le Londres contemporain imaginé par Stroud a divergé avec l’apparition du Problème, et le fait que seuls les enfants et ados soient en capacité de voir et donc lutter contre les fantômes leur donne une place et une position différente face aux adultes désarmés ou presque. Si l’industrie s’est développée, forcément, autour des indispensables produits pour chasser les fantômes (lavande, fer, argent, sel...), il ne faut pas perdre de vue que d’autres choses qui nous sont familières se sont également diffusées : survêtements, paquets de chips, voitures, etc., loin d’une esthétique trop victorienne, comme Lockwood et son grand manteau noir tenteraient de le faire oublier. Un savant mélange à garder à l’esprit, pour savourer pleinement ces aventures captivantes.


Titre : Le garçon fantôme (The hollow boy, 2015)
Série : Lockwood & Co., tome 3
Auteur : Jonathan Stroud
Traduction de l’anglais (Grande-Bretagne) : Jean Esch
Couverture : Alessandro « Talexi » Taini
Éditeur : Albin Michel
Collection : Wiz
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 470
Format (en cm) : 21,7 x 14,5 x 3,5
Dépôt légal : avril 2016
ISBN : 9782226321169
Prix : 17 €


Lockwood & Co. :
Tome 1 : L’escalier hurleur chez Wiz et au Livre de Poche


Nicolas Soffray
28 juin 2017






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