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Young Elites, tome 3 : L’Etoile de Minuit
Marie Lu
Castelmore, roman traduit de l’anglais (USA), fantasy, 316 pages, mars 2017, 16,90€

Adelina, toujours entourée de ses Roses, a porté la guerre sur le continent, et ses troupes enchainent les victoires. Elle a renversé les rôles, désormais les malfettos, les marqués de la fièvre du sang, ne sont plus les parias mais les privilégiés du pouvoir. Elle fait subir aux gens ce qu’elle et ses siens ont subi durant des années. Cela ne va pas sans quelques tentatives d’assassinat... Adelina entend de plus en plus ses voix. Son pouvoir la submerge de plus en plus fréquemment, et sans la présence de Magiano, de Sergio, elle serait folle, ou morte.
Les Dagues, ou ce qu’il en reste, ont fui à Tamoura. La Reine Maeve est rentrée chez elle. Mais les trois groupes décèlent les signes avant-coureurs : leurs pouvoirs se renforcent, mais leur coûtent de plus en plus cher, les affaiblissent. Pire, le monde semble souffrir de leurs actes, de leur présence : l’océan s’assombrit, les baliras viennent mourir sur les plages, empoisonnées.
Alors qu’ils s’affrontent, Raffaele comprend qu’ils doivent en fait s’unir pour sauver leur monde... et eux-mêmes, peut-être.



Après la trahison, puis la conquête, vient la rédemption avec « L’Étoile de Minuit ». Nous avions laissé Adelina sur le trône de Kenettra, rejettant les Dagues pour ses Roses, abandonnée par sa sœur Violetta, dominée par ses voix et ses illusions, à la limite de la folie. Elle repousse celle-ci en satisfaisant sa volonté de conquête et de « justice », en renversant les rapports entre gens « normaux » et malfettos. Une injustice contre une autre, qui ne la fait aimer du peuple et l’oblige à vivre sur le qui-vive, entourée d’inquisiteurs, dont elle commence à douter également.
Les enjeux de ce dernier tome étaient esquissés dans « La Confrérie de la Rose », aussi n’est-ce pas vraiment une surprise, mais une douloureuse confirmation : Teren, captif du donjon de l’Inquisition, ne guérit plus instantanément. Du côté des Dagues, après Lucent, c’est Violetta qui encaisse brutalement le contre-coup de son pouvoir, la laissant très affaiblie. Quand Raffaele après que le frère de Maeve, revenu des morts, est devenu incontrôlable, il ne peut reculer et « invite » Adelina avant d’Enzo ne devienne lui aussi un problème. Hélas, la nouvelle reine de Kenettra arrive à la tête de sa flotte, et les choses se règlent par une nouvelle bataille navale doublée de duels d’Elites.
Ceci fait, trêve conclue, tous, Adelina la première, prêtent foi aux déductions de Raffaele sur l’origine de leurs pouvoirs et la nécessité de les « rendre ». Au chevet de sa soeur, Adelina n’hésite pas devant l’urgence, même si cela signifie s’allier de nouveau aux Dagues et faire route avec Teren, toujours dangereux.

Les derniers chapitres sont teintés de peur tandis que les Elites vont à la rencontre de la part de divin qu’ils portent. Voyage éprouvant, et peut-être sans retour ?

Marie Lu réussit à réinscrire son histoire dans un cadre plus grand, enracinée dans le semi-légendaire, le divin, redistribuant les responsabilités, les causes, les fatalités. Tout en montrant les forces de choix des mortels, au travers d’Adelina, de sa politique pro-malfettos, de ses conquêtes, elle rappelle que face à d’autres forces (divines, naturelles, selon vos croyances), cela n’est rien, et ne suffira jamais. Les plus agnostiques pourront interpréter d’un point de vue écologique les dérèglements naturels, et physiologique l’usure des corps épuisés par des pouvoirs « inhumains » (Alain Gagnol traite également du même sujet dans sa récente et excellente série « Power Club », ou pour citer le Dr Tyrell dans « Blade Runner » : « Plus vive est la flamme, plus bref est son éclat »). Dans cette grande tradition des surhommes et autres super-héros, Marie Lu confronte également ses personnages à ce sacrifice : leurs pouvoirs ont fait d’eux ce qu’ils sont. Accepteront-ils de les rendre, de redevenir anonymes, inconnus parmi la foule, faibles, à la merci des autres ? Ou sont-ils dépendants de ce pouvoir, égoïstes, hypocrites, imbus de leur propre puissance, de leur nécessité dans ce monde (pour de bonnes ou mauvaises raisons) ? Adelina, par son ultime réticence, incarne parfaitement ce caractère très humain. Marie Lu renforce bien entendu la violence de ce sacrifice volontaire par tout ce qu’ont subi ses héros, Adelina la première : rejet, peur, mise à l’écart, humiliation permanente...

Ainsi se clôt magnifiquement la trilogie « Young Elites ». Bien peu à redire (toujours ce « Young » anglophone dans un univers davantage méditerranéen, quelques dérives à grand spectacle pardonnables) et beaucoup à saluer : mieux qu’un « Assassin’s Creed » semé d’excès peu crédibles, Marie Lu nous propre de la light fantasy avec des super-héros crédibles et très humains, jusque dans leurs failles. Une série qui n’a rien à envier aux comics du XXe siècle, qui bâtit un nouveau pont avec la fantasy, comme l’avait fait il y a quelques années Neil Gaiman en projetant les supers au XVIIe siècle dans « Marvel 1602 ». Marie Lu accorde une grande importance à la psychologie de ses personnages, surtout Adelina à qui elle réserve la narration à la première personne, mais pas seulement, pour mieux nous faire appréhender l’impact d’un tel pouvoir, subi puis dompté, sur la construction psychologique de soi, et les ravages qu’ils peuvent causer sur un(e) adolescent(e). Autre lecture suggérée sur ce thème, le violent « Meurtre des Nuages » de Lil Esuria.

Une très bonne trilogie de fantasy, qui saura captiver les ados (mais pas que) et traite de thèmes graves et forts, sans gants, qui propose une héroïne violente, individualiste et sans pitié par nécessité, à la fois forte et faible, manipulatrice et naïve... Une ambiguïté très humaine qui la rend, à chaque instant, plutôt attachante, entre ce que nous sommes et ce que nous aimerions être.
Bref, entre noirceur et rédemption, Anakin Skywalker a de la concurrence.


Titre : L’étoile de minuit (The midnight star, 2016)
Série : Young Elites, tome 3/3
Auteur : Marie Lu
Traduction de l’américain (USA) : Isabelle Troin
Couverture : Alexandra V BAch
Éditeur : Castelmore
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 316
Format (en cm) : 21,5 x 14 x 2,5
Dépôt légal : mars 2017
ISBN : 9782362311994
Prix : 16,90 €


La trilogie Young Elites
- Young Elites
- La Confrérie de la Rose
- L’Etoile de Minuit


Nicolas Soffray
28 avril 2017






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