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Distopiary (T1 et 2)
Fumitaka Senga et Tellmin
Pika

Tous les quatre ans, le roi du mal se réincarne et sème le chaos sur toute la planète. Pour vaincre le roi du mal, les exterminateurs doivent réunir les plus puissants des guerriers ainsi que les meilleurs des castes supérieures afin d’atteindre un niveau de combat le plus élevé possible. Seul le nombre compte et la victoire pardonne tout. Car les exterminateurs sont les plus puissants et les pires des héros. Tolza est un de ces exterminateurs, mais il est très sélectif quand il s’agit de choisir des compagnons, et une jeune fille un peu trop impulsive et imprévisible comme Armi n’est vraiment pas ce qu’il recherche. Certes, elle fait partie d’une caste rare, une mycicultrice hyphique, mais Tolza veut avoir des compagnons qu’ils puissent contrôler comme ceux qui le suivent actuellement. Seulement, ils ignorent ce qu’est réellement un exterminateur. Surtout qu’ils n’ont jamais vu combattre Tolza. Et pourtant grand bien leur faisait jusqu’ici...



Tolza se retrouve obligé de se trouver de nouveaux compagnons surtout que le temps presse. Le roi du mal s’est réincarné dans une organisation : un cirque. Chacun des membres du cirque est ainsi devenu une forme du roi du mal et le meneur semble bien être le Monsieur Loyal, qui se révèle être un manieur d’ombres. Et le spectacle du chaos a déjà commencé. Certains exterminateurs ont tenté leur chance et ont échoué. Pour suivre les avancées des exterminateurs, des observateurs leur sont attribués. Et celle qui est désignée pour Tolza est un peu particulière, ayant tendance à s’endormir n’importe quand. Toutefois, Tolza va avoir une très mauvaise surprise avec l’arrivée d’un autre exterminateur et celui-ci a une philosophie étrange pour quelqu’un de sa caste : il refuse tout sacrifice de ses compagnons, au point qu’il n’a jamais utilisé une seule fois le supplément héroïque. Il se nomme Ezerkill et il rêve d’un monde en paix ou personne ne mourra... Mais comment un exterminateur pourrait-il vaincre le roi du mal sans condamner ses compagnons ?

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Commençons par la partie intellectuelle de la chronique (la seule rassurez-vous !) : une dystopie est une société imaginaire régie par un pouvoir totalitaire ou une idéologie néfaste, telle que la conçoit un auteur donné (dixit Monsieur Larousse). Attaquons nous donc à « l’auteur donné » : Fumitaka Senga. “Distopiary” est la première série de ce jeune mangaka qui va faire semblant de surfer sur la mode des séries inspirées de jeux de rôles. Le concept en lui-même est truffé de références, entre les castes, les niveaux de puissance et surtout la présentation des combats façon jeu de baston. Toutefois, Fumitaka Senga est aussi vicieux que le titre de sa série le laisse penser. Tout d’abord, le concept d’exterminateur va en étonner plus d’un car comment considérer comme un héros un personnage devant tuer ses compagnons pour augmenter son propre niveau. Pourtant, pour vaincre le roi du mal c’est le seul moyen car ce dernier possède un niveau démoniaque cent fois supérieur au niveau le plus élevé atteignable par un humain de caste classique. Fumitaka Senga ne va pas cacher longtemps le mode de combat de ses principaux personnages, Tolza devant rapidement faire appel à son supplément héroïque. Quelle appellation paradoxale pour un pouvoir qui n’a strictement rien d’héroïque. Et nous voici avec donc des personnages principaux devant être les pires salauds pour accomplir leur mission. Au point que l’on en vient à se demander si de tels sacrifices valent la peine pour uniquement se débarrasser du roi du mal, qui pour l’anecdote n’a comme but que de semer le chaos. Une peccadille.

Mais le monde de “Distopiary” est réellement pourri jusqu’à la moelle quand on y ajoute deux éléments. Tout d’abord la notion de castes. Chaque être humain se voit attribuer une caste dès sa naissance et il ne peut en changer, un déterminisme poussé à l’extrême qui ne laisse aucune possibilité d’évoluer ni d’être maître de sa destinée. Pire que tout, si vous êtes d’une caste et d’un niveau élevé, au lieu d’avoir une vie dorée, vous avez toutes les chances de finir comme compagnon d’un exterminateur, rang qui semble le plus enviable au monde, jusqu’à découvrir la réalité de ce statut. Le second élément est le ministère de l’administration, tout droit sorti de “1984” de George Orwell. Les observateurs pourraient paraître comme des protagonistes neutres devant observer les exterminateurs afin de vérifier s’ils parviennent à vaincre le roi du mal. Etant souvent de jeunes femmes, elles subissent la perversion de l’exterminateur qu’elles surveillent au point de risquer leur vie. Mais le chef de ce bureau assez particulier va s’avérer totalement fou ! D’ailleurs, son rôle est d’observer le roi du mal, mais pas de manière totalement désintéressée. Ce monde est décidément bien pourri et Fumitaka Senga ne semble pas être encore allé au bout des horreurs pouvant se cacher dans son univers de plus en plus sombre.

Si le scénario est original et quelque peu déconcertant et surtout politiquement incorrect, le dessin s’avère par contre plutôt classique. C’est d’ailleurs finalement un avantage vu le côté gore de certaines scènes qui explique facilement l’interdiction au moins de 12 ans. Si les traits des personnages sont assez minimalistes, Fumitaka Senga parvient à éviter le risque de confusion, mais surtout, il joue fortement sur le design des tenues et des armes pour les différencier. Les combats sont de courtes durées, l’avantage d’un combattant venant principalement de son niveau et normalement, un guerrier de niveau supérieur au monstre qu’il affronte gagne à chaque fois. Les carnages par contre ne manquent pas et les morts s’accumulent.

“Distopiary” est ce genre d’ovni qu’on apprécie sur la Yozone, une série totalement politiquement incorrecte, qui s’avère surprenante et qui parvient à tenir son lecteur en haleine. A suivre avec beaucoup d’intérêt.


A partir de 12 ans

Distopiary (T1 et 2)
- Scénario : Fumitaka Senga
- Dessin : Tellmin
- Traducteur  : Lilian Lebrun
- Éditeur français : Pika
- Format : 130 x 180, noir et blanc - sens de lecture original
- Pagination  : 212(T1) et 184(T2) pages
- Date de parution : 5 avril 2017
- Numéro IBSN : 9782811634476 ; 9782811634483
- Prix : 7,50 €


© Fumitaka Senga, Tellmin’ /SQUARE ENIX CO., LTD.
© Edition Pika - Tous droits réservés



Frédéric Leray
12 avril 2017






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