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Shi (T1) Au commencement était la colère...
Zidrou et Homs
Dargaud

Lorsque la femme et le fils de Lionel Barrington sautent sous ses yeux sur deux mines antipersonnel produites dans son usine, c’est une punition qui est infligée au PDG de la SVPPB. La cour d’appel de Manchester venait de rendre son verdict : non, bien sûr, l’homme d’affaire qui a bâti son empire sur la mort des autres, et plus précisément dans ce cas d’un enfant de sept ans, ne pouvait pas être tenu pour responsable. Pourtant un groupuscule appelé Shi a décidé de frapper fort et de manière aussi inhumaine que les méthodes de l’establishment britannique.

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Mais d’où provient ce mouvement qui appose sa marque, un signe qui est son symbole de mort ? Il ne serait composé que de femmes en colère, de mères plus précisément. Oui, toutes en colère et à l’origine d’un mouvement né au XIXe siècle, en pleine période victorienne.



Car tout commence lors de la première Exposition Universelle en 1851 à Londres, au Crystal Palace. Là, un fait divers plus que morbide va réunir Jennifer, jeune fille de bonne famille, et Kita, une japonaise que l’on va traiter avec moins de compassion que pour une bête. L’énorme colère de l’une va rejoindre la douleur incommensurable de l’autre et les unir pour toujours face à la brutalité, la perversité et les injustifiables comportements des hommes, surtout ceux de l’establishment anglais.
D’abord en fuite, elles vont ensuite monter au combat... Shi va naître, c’est là que s’achève ce premier tome et que le lecteur se trouve dans la hâte de découvrir la suite.

L’histoire de Zidrou est sombre, dramatique, cynique, d’un rythme particulièrement relevé, la fuite devant les « peelers » (la police de Londres) dans la nuit noire infestée de pluie est vraiment démente.

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La thématique est faite pour porter l’indignation, la prise de conscience, la colère, pour s’inscrire immédiatement dans les pas des deux jeunes femmes que les conditions sociales opposent. Le scénariste traite ainsi de la misère sociale, de l’oppression d’un pouvoir à l’esprit militaire et colonial, corrompu et qui ne laisse aux femmes aucun espace de liberté. L’une a déjà tant perdu quand l’autre ne supporte plus le rôle éteint que lui imposent les hommes. La prise de conscience est alors violente.
Avec Homs, Zidrou a déniché le dessinateur pour mettre en fusion ce tome d’introduction, de son dessin charnel, puissant, d’un dynamisme impressionnant, qui pousse la caricature dans l’obscène, la sensualité dans la rencontre des corps, la violence dans l’hystérie de mondes qui ne veulent voir s’échapper aucune miette de leur pouvoir totalitaire. Personnages, architecture, scènes formidablement spectaculaires (dès la couverture, on sait !), il assure de ce trait si expressif découvert sur le superbe diptyque “L’Angélus” ou les albums de Millenium chez Dupuis. Et ses couleurs fortes saturées, poisseuses, pissant la misère, courant la nuit malsaine, ouvrant sur la beauté des corps. Homs on en reparlera, souvent, c’est certain.

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Ce premier tome de “Shi” s’articule sur deux époques différentes, laissant une large place à celle de l’origine de la colère. Comment Shi va naître, s’organiser, puis frapper sera sans doute le prochaine épisode d’une série qui démarre fort, qui ne nous en a pas encore assez dit, mais a formidablement fait admirer.

“Shi” est une réalisation graphique époustouflante dont on reprendra vite un album supplémentaire. Cette histoire a tout pour devenir une série de très haut niveau.


(T1) Au commencement était le colère...
- Série : Shi
- Scénario : Zidou
- Dessin et couleurs : Homs
- Éditeur : Dargaud
- Pagination : 64 pages couleurs
- Format : 24,1 x 31,8 cm
- Dépôt légal : 20 janvier 2017
- Numéro ISBN : 9782505064411
- Prix public : 13,99 €


À lire sur la Yozone :
Shi, une série pleine de colère...
Millenium (T5) La Reine dans le palais des courants d’air (première partie)


Illustrations © Homs et Éditions Dargaud (2017)


Fabrice Leduc
7 avril 2017






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