YOZONE
Le cyberespace de l'imaginaire




Power Club, tome 2 : Ondes de Choc
Alain Gagnol
Syros, Hors série, roman (France), super-héros, 500 pages, mai 2017, 17,95€

(attention, si vous n’avez pas lu l’Apprentissage, la lecture de cette chronique peut gravement nuire à nombre de surprises. Mais vous l’avez lu, n’est-ce pas ?)

Anna n’a donc pas été abandonnée par ses boosters adorés. Mais leur présence lui pose beaucoup de soucis : elle doit dissimuler ses pouvoirs, paraître « normale », surtout qu’après sa petite dépression post-Power Club, elle doit retourner au lycée passer son bac. Sans ses amis, qui sont désormais diplômés.
Heureusement, Lisa, comme toujours débarque avec une solution foireuse à son problème : pour calmer les ardeurs des boosters, elle n’a qu’à se changer en justicière mystérieuse, et mettre ses pouvoirs au service de la bonne cause. Un plan qui marche un temps, mais met Anna en difficulté dans ses études...
De l’autre côté de l’Atlantique, c’est l’effondrement progressif. Après les révélations d’Anna (voir tome précédent), Nora Scott a pris la direction du Power Club. Mais l’ancienne psy ne recule devant rien pour asseoir son autorité et redorer l’image du Club. Face au sénateur Wallace, très hostile aux super-héros, elle saisit la moindre occasion pour renvoyer les super, et les incartades auparavant couvertes sont dévoilées au grand jour et les super mis devant leurs responsabilités, avec une seule condamnation : la restitution de leurs boosters.
Un choix douloureux, que tous ne sont pas près à accepter...



Peut-on faire toujours plus fort ? Alain Gagnol, oui.
Son histoire est toujours très bien construite et les réactions de ses personnages très réalistes. Il commence de second tome en revenant sur certains fondamentaux, avec le plan de Lisa d’un justicier mystérieux. Les fans de Spider-man retrouveront leurs marques dans les soucis d’Anna à gérer son identité secrète, justifier ses absences et en subir les conséquences. C’est notamment l’occasion d’une scène d’anthologie qui nous ramènera à des problèmes tout à fait adolescents, loin des super-pouvoirs.
On sourit largement à ces moments faisant intervenir différents garçons, et des difficultés d’Anna à se libérer des bourbiers dans lesquels elle s’est elle-même enfoncée. Elle a beaucoup de qualités, mais l’aisance à mentir n’en fait pas partie ! Cela offre un excellent contrepoint aux thématiques plus stressantes sur les notions de justice, de défense du bien qui mettent l’héroïne à mal. Mais les deux garçons en question (Fred, un camarade de classe, et Dominic, le super anglais) ne sont pas de simples figurants ou ressorts destinés à faire réagir Anna, ils se révèleront plus subtils que cela, lui faisant prendre conscience de ses erreurs, de ses imprudences, qui pourraient lui coûter cher.

Les choses s’enveniment lorsque le sénateur Wallace amorce sa charge anti-super. Si on peut initialement y applaudir - après tout, Anna la première dénonçait l’immaturité de certains supers, gosses de riches qui causaient plus de dégâts qu’ils ne sauvaient de vies, comme Bobby Mulligan - les choses prennent un tour dangereux pour la Française. Comme le lui explique Roland Blanchard, l’avocat de la famille, son cas est problématique, puisqu’elle a officiellement rendu ses boosters ! Dans ce tome encore, on appréciera, jusque dans les différents retournements (je ne vous dis pas tout, mais Anna va descendre très bas), la place prise dans l’histoire par la Loi, les contrats, les engagements écrits. Le seul garde-fou des autorités américaines, rappelons-le, c’est la menace de priver la famille des supers de leur fortune si les gamins dépassent les bornes fixées sur papier. Dans « Ondes de choc », les avocats s’en donnent à cœur joie, chaque mensonge d’Anna se retournant contre elle.
Bien entendu, deux camps s’opposent : ceux qui respectent la loi (comme Anna, malgré tout) et les autres.
Dans ce contexte de répression brutale, les choses dégénèrent fatalement. Si Anna, pour son malheur, accepte docilement sa sanction, d’autres non.
Alain Gagnol revient plus incisivement dans ce second volume sur la responsabilité (« Grands pouvoirs, grandes responsabilités.. »), les choix et leurs conséquences, mais également sur la versatilité de l’opinion publique, qui après avoir encensé ses héros, voit (enfin, diraient certains) la menace qu’ils représentent. Des dégâts collatéraux causés par leur intervention, déjà au cœur de la révolte d’Anna dans le premier tome, à la menace potentielle terrible que l’absence de contre-pouvoir fait peser sur le monde. « Ondes de choc » nous montre à la perfection comment on fait basculer une opinion publique à notre ère de surmédiatisation, mais aussi comment une tentative de désamorçage en douceur peut très vite se transformer en cataclysme.

J’en révèle déjà beaucoup, j’espère pas trop, et j’ai tu les multiples rebondissements délectables, les réapparitions de tous les protagonistes, fort à propos, qui permettent à l’auteur d’aborder des sujets qu’il eut été dommage de passer à la trappe. Anna retrouve Matt, le super qui a refusé de rendre ses boosters, et qui subit de plein fouet la malédiction des plus de 25 ans : rongé de cancers provoqués par les corpuscules, il peut toujours voler, mais tient à peine debout... Il rappelle à son corps défendant ce qui attend Anna, si ses propres boosters continuent de frétiller dans ses cellules.

« Ondes de choc » fait aussi bien que « l’Apprentissage ». Parce qu’il n’est pas possible de faire mieux, au niveau stratosphérique auquel l’auteur a placé la barre.
Ce second volume reprend la quintessence des comics américains, et porte la réflexion sur les super-pouvoirs à son paroxysme. Anna est confrontée à de nombreux choix moraux, et elle ne succombe pas à la facilité ou à l’égoïsme, quand bien même cela se retourne finalement contre elle. La tension est permanente, chaque occasion de souffler (pour nous comme pour elle) semble annonciatrice de l’épreuve à venir. Le climax final est à la hauteur des confrontations des plus grands héros en costumes.
Par de nombreux aspects, notamment dans cet humanisme de son héroïne et la densité des thèmes abordés, « Power Club » m’a rappelé « Rising Stars » de Michael J. Straczinsky (3 tomes chez Delcourt), une lecture fortement conseillée pour endurer l’insupportable attente du tome 3.


Titre : Ondes de choc
Série : Power Club, tome 2/3
Auteur : Alain Gagnol
Couverture : (photomontage)
Éditeur : Syros
Collection : Hors série, dirigée par Denis Guiot
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 500
Format (en cm) : 15,5 x 22,5 x 4
Dépôt légal : mai 2017
ISBN : 9782748523843
Prix : 17,95 €


Power Club sur la Yozone :
Tome 1 : « L’apprentissage »


Nicolas Soffray
18 avril 2017






JPEG - 32.1 ko



WebAnalytics