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Solaris n°201
L’anthologie permanente des littératures de l’imaginaire
Revue, n°201, science-fiction / fantastique / fantasy, nouvelles – articles – critiques, hiver 2017, 160 pages, 12,95$ CAD

Alors que le Prix Solaris est réservé aux Canadiens, le tout nouveau Prix Joël-Champetier a été créé pour les auteurs de nouvelles non-canadiens écrivant en français. Avec “Graine de fer”, nouvelle qui se situe dans le cadre développé dans son dernier roman « Jardin d’hiver », Olivier Paquet a remporté cette première édition.
Gardien est informaticien, mais cette profession n’a plus grand-chose à voir avec ce que le lecteur connaît. La guerre est passée par là, l’hybridation entre vivants (êtres humains, végétaux...) et machines est devenue une réalité. Il se rend à Saint-Pierre soigner une malade...



Rien que là, le lecteur perd déjà ses repères. Au cours de sa randonnée pour se rendre au village, l’auteur apporte des éclaircissements au contexte de l’histoire. Puis sur place, les choses se précisent, comme le décalage par rapport à notre époque. L’imaginaire d’Olivier Paquet génère des images très fortes comme ces chênes transformés en redoutables machines de guerre. “Graine de fer” se révèle passionnante par sa richesse et donne envie de découvrir cette Europe du futur sur une plus grande distance. Était-ce le but ? En tout cas, c’est réussi !

Je suis partagé sur le texte d’Enola Deil. Quand on veut en finir, se suicider n’est pas forcément à la portée de tout le monde, alors “Les artisans de la mort” peuvent intervenir. Quand frapperont-ils ? De quelle façon, sachant qu’ils promettent un départ remarquable ? Cette idée de départ est un peu gâchée par des tentatives d’humour tombant à plat (« … et autres six trouilles existentielles ? ») et puis quand elle parle de retraite à 60 ans, ça a du mal à passer et l’ensemble perd de sa crédibilité. Des détails peut-être, mais qui ont leur importance !

“Membre fantôme” de Jérôme Tousignant m’a aussi dérangé. Il prend au pied de la lettre cette notion de membre amputé que l’on ressent toujours. Là, le bras sectionné revient chez son propriétaire ! Il vit sa propre existence et ses actes relèvent de la responsabilité de l’homme qui l’a perdu. C’est pour le moins tiré par les cheveux et difficile à gober.

Josée Lepire nous invite à penser différemment. Masqui-Paca est un fruit qui sculpte sa cosse extérieure en attendant de tomber et de générer à son tour un arbre. Son existence apparaît si étrangère à la nôtre que tout du long il faut interpréter ses motivations, ses peurs... “Visage éternel” représente une belle performance de l’auteure. Il faut le temps de rentrer dans le récit et alors il se déguste.

“Le jour où les livres se mirent à s’écrire seuls”, les Intelligences Artificielles ont démontré tout leur potentiel et leur émancipation. La première à avoir écrit un roman a dérouté toute la communauté scientifique. Pourquoi ? Pour le plaisir ! A-t-elle répondu. Ce qui n’aurait jamais dû arriver.
Narrée par une telle IA, la nouvelle s’’apparente à un article sur le sujet. Frédéric Parrot ne s’est pas trompé en choisissant cette méthode, cela fonctionne très bien et s’avère intéressant. Belle prospective.

Space op’ pour Mathieu Croisetière. “Le caisson” se déroule à la limite du système solaire où trois observateurs dans des capsules individuelles surveillent l’espace profond dans l’attente du retour des sondes Voyager. Mission surprenante, mettant chacun à rude épreuve et quand quelque chose survient enfin, les événements tournent bizarrement.
Il suffit ici de se laisser transporter par la prose de l’auteur pour apprécier. Efficace et distrayant.

L’article “Discours littéraire et discours scientifique : l’union de deux langages antagonistes” de Marc Ross Gaudreault se révèle bien plus exigeant. La lecture demande un effort pour saisir la pertinence du propos. Vulgarisation scientifique ou fiction scientifique, but et méthode diffèrent. Dans le premier cas, si le procédé va trop loin, le non initié s’y perd et ne comprend plus rien ; dans l’autre, la part scientifique prend le pas sur la fiction et le plaisir de lecture peut s’en ressentir. Bien argumenté et très instructif.

Mario Tessier s’interroge sur “La quête du jardin d’Éden”. Quelle est son origine ? Où se trouve-t-il ?... Ses papiers sont toujours aussi prenants. Ils participent pleinement au charme de « Solaris ».

Dans “Sci-néma”, Christian Sauvé compare les dernières productions Marvel et DC Comics. Il revient aussi sur les dystopies pour adolescents, les « Hunger Games », « Labyrinthe » et autre « Divergent », films qui n’ont plus la cote. Ces chroniques sont à chaque fois bien menées avec des axes directeurs permettant une lecture aisée.

Toutes les recensions de la rubrique “Les littéranautes” montrent l’importance de la production francophone canadienne, ce dont on ne se rend pas forcément compte en France.

Une très bonne partie rédactionnelle, deux nouvelles de haut vol (“Graine de fer” d’Olivier Paquet et “Visage éternel” de Josée Lepire) et deux un ton en-dessous, celles de Frédéric Parrot et Mathieu Croisetière, nous donnent un bon numéro de « Solaris ».


Titre : Solaris
Numéro : 201
Direction littéraire : Jean Pettigrew, Pascale Raud, Daniel Sernine et Élisabeth Vonarburg
Couverture : Tomislav Tikulin
Illustrations intérieures : Émilie Léger, Suzanne Morel
Type : revue
Genres : nouvelles, articles, critiques
Site Internet : Solaris ; numéro 201 
Période : hiver 2017
Périodicité : trimestriel
ISSN : 0709-8863
Dimensions (en cm) : 13,2 x 20,9
Pages : 160
Prix : 12,95 $ CAD



Pour écrire à l’auteur de cet article :
francois.schnebelen@yozone.fr


François Schnebelen
16 mars 2017






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