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Ultimatum
Anders de la Motte
Fleuve éditions, Thriller Policier, roman traduit du suédois, thriller, 480 pages, février 2017, 20,90€

Les morceaux d’un corps découpé sont retrouvés dans un lac. Chargée de résoudre ce meurtre remontant à plusieurs mois, l’inspectrice Julia Gabrielsson est secondée par Amante, un bureaucrate parachuté là grâce à des relations haut placées.
Rapidement les restes disparaissent, récupérés par un autre service de police et l’enquête leur est retirée. Toutefois, Julia n’est pas de celle qui abandonne une affaire en cours, surtout quand la victime est identifiée et qu’elle en fait une affaire personnelle.



Même si ce n’est pas précisé en quatrième de couverture, « Ultimatum » est le prolongement de « Défaillance », volume présenté comme le premier d’un diptyque. Il est donc bon d’avoir lu ce dernier pour ne pas être perdu et avancer en territoire connu, même si de nouveaux personnages apparaissent dans ce qui ressemble à un jeu de quilles.
Anders de la Motte débute de manière déroutante mais très habile par deux trames séparées : l’enquête entourant le cadavre mutilé permettant de présenter les policiers en charge de l’affaire et David Sarac enfermé en service spécialisé et bien mal en point. Les deux avancent de concert et ce n’est qu’au bout d’une cinquantaine de pages que le lecteur comprend en quoi cette entame était bien vue.

La suite s’avère plus traditionnelle, elle alterne entre les différents protagonistes. Il n’est guère étonnant de retrouver Atif en prison suite à la tuerie de Skarpö, point d’orgue final de « Défaillance », Nathalie qui espionnait David Sarac et qui s’est rangée des magouilles en tout genre, le ministre de la justice Jesper Stenberg et son entourage, ainsi que Wallin intriguant dans son ombre. Julia Gabrielsson et Amante sur lequel plane toujours un certain mystère doivent avancer dans ce milieu aux allures de panier de crabes.
Lire du Anders de la Motte, c’est flirter avec les limites de la loi, ne plus savoir où elle se situe, s’interroger sur la notion de bien et de mal. Une fonction ne signifie pas grand-chose, car la fin justifie ici les moyens. Les intrigues sont légion pour atteindre les sommets et bien des illusions seront déçues. « Ultimatum » s’avère sans concessions pour le milieu politique, mais n’épargne guère celui de la justice, chacun abritant ses assoiffés du pouvoir.
À suivre les différents protagonistes, le lecteur peut éprouver l’impression que l’intrigue part dans tous les sens, mais tout est lié. L’auteur suit sa logique jusqu’au bout et l’affaire Jesper Stenberg découverte dans « Défaillance » sert de fil rouge à ce tome, avec en toile de fond, la présence de David Sarac.

Contrairement au précédent livre, Anders de la Motte reste plus mesuré ; en effet, il n’introduit pas de hasards heureux pour faire avancer l’histoire. Les rouages sont plus fins, coulissent mieux et donnent un ensemble cohérent allant crescendo dans les révélations. Chaque lecteur s’improvise détective et se forge une opinion quant au coupable, mais se vérifie-elle au final ?
De ce point de vue, le déroulement s’avère diabolique. L’auteur accumule les faits louches, nous conduisant immanquablement dans une direction mais est-ce la bonne ? La fin remet le tout en perspective, elle en surprendra plus d’un et montre que le polar suédois ressemble au climat scandinave : rude, implacable, mais attachant par son ambiance froide.

Aucun personnage ne prend vraiment le pas sur un autre, chacun participe à « Ultimatum » sans tirer la couverture à soi, contrairement à David Sarac dans « Défaillance ». Ce qui reste, c’est l’histoire globale : une vérité cachée reste toujours une menace, elle ressemble à une bombe prête à exploser et à faire plus de victimes que si elle avait éclaté d’emblée.

« Ultimatum » prolonge « Défaillance » sans prendre certains de ses travers. Ce roman achève ce diptyque de très belle manière et a été consacré meilleur polar suédois 2015. Rien d’étonnant, car « Ultimatum » est des plus prenants par son intrigue maîtrisée. Anders de la Motte a le sens du rythme, il sait faire monter la pression pour accrocher les lecteurs. La couverture est sobre, mais traduit bien l’ambiance générale par une certaine froideur, une menace sourde avançant dans la nuit.
Le polar scandinave dégage une atmosphère à nulle autre pareille, ce qui le rend si attachant. Nul n’y est parfait, personne n’est intact, chacun abritant ses blessures sous une indifférence apparente. Anders de la Motte se situe dans cette droite lignée.


Titre : Ultimatum (UltiMatum, 2015)
Auteur : Anders de la Motte
Couverture : tributetoalfred
Photo : © Mark Owen / Arcangel et Simply North / Plainpicture
Traduction du suédois : Carine Bruy
Éditeur : Fleuve éditions
Collection : Thriller Policier
Site Internet : page roman (site éditeur)
Pages : 480
Format (en cm) : 14 x 21
Dépôt légal : février 2017
ISBN : 978-2-265-09890-9
Prix : 20,90 €


Également sur la Yozone :
- « Défaillance »

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François Schnebelen
17 février 2017






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