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Profit, l’Intégrale
20 octobre 2005
Paramount, coffret 3 DVD


Que se passerait-il si on lâchait un psychopathe particulièrement intelligent et brillant dans l’univers froid et policé d’une grande entreprise ?
Ne cherchez pas plus loin la thématique centrale de « Profit », mini série culte et grandiose, tout est dans cette présentation.

David Greenwalt (intervenant à titres divers et variés sur les séries « Angel », « Buffy », « Jake 2.0 », « Surface », etc,.) et John McNamara (également coproducteur de « Loïs et Clark : les nouvelles aventures de Superman »), l’avouent très honnêtement, leur idée de série doit beaucoup au « Richard III » de Shakespeare et tout particulièrement à la version théâtrale qu’ils avaient vue aux USA -et qui devint plus tard (1995) un excellent film, baroque et intrigant, réalisé par Richard Loncraine.

Le postulat de base n’est donc pas neuf mais sa concrétisation télévisuelle impressionne d’emblée. Jim Profit, magnifiquement interprété par Adrian Pasdar (« Aux Frontières de l’Aube », série « Mysterious Ways »), éblouissant de charisme, débarque chez Gracen & Gracen, une multinationale établie et reconnue, avec en bandoulière un passé que personne ne soupçonne. Il va sérieusement chambouler l’organisation bien rodée de cette multinationale.
C’est que le petit Jim Profit a été “élevé” dans un carton dont la seule ouverture donnait sur une télévision. Évidemment, l’expérience a de quoi rendre zinzin n’importe qui quand on comprend que le gamin téta au biberon de la TV américaine !

Jim Profit devient donc un cadre supérieur d’une espèce inédite. Un serial-eliminator, réglé en mode automatique, des inconscients qui osent lui boucher son horizon socio-professionnel. Personnage glaçant, d’une intelligence hors norme, l’homme sait séduire et fait exactement ce qu’il dit. Nul ne lui résistera. À chaque fois qu’un être se dressera sur son passage, l’intrigant sera dézingué en quelques jours.

La série représente sans doute la charge la plus impressionnante contre le capitalisme moderne et ses déviances -et le média TV par ricochet. Ainsi, lors de sa première diffusion aux Etats-Unis, « Profit » provoqua un réel scandale. Il faut dire que dès l’épisode pilote, Jim Profit fait l’amour avec sa mère et tue son père !
Mazette ! s’écrie-t-on et, résultat inévitable, le standard de la chaîne concernée (la Fox) explose au bout d’une heure de projection et l’audimat s’effondre en parallèle. Bref, la diffusion de la série choc est stoppée au bout du quatrième épisode, laissant quatre orphelins déjà tournés au placard...
C’est que « Profit » montre beaucoup, suggère peu et n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat. L’univers capitaliste est froid et sans cœur, soit, Profit est le cadre supérieur idéal. Qu’il n’hésite pas à pratiquer le mensonge, le chantage, le meurtre pour arriver à ses fins n’est pas un problème... Tant qu’il n’est pas pris sur le fait et que les résultats sont bons, qui s’en soucie ?

Cette série, scénarisée avec grand talent, bénéficie d’un casting parfait et d’une réalisation éclatante, totalement en adéquation avec sa thématique. Les décors, d’une beauté clinique, sont à l’image du personnage, sans tache apparente mais cachent tous une pièce obscure où la réalité est transfigurée. La BO est énergique et les effets spéciaux surprenants et visionnaires. Plus largement et en dehors de tous les critères de jugements personnels (et de goûts), il faut bien reconnaître que « Profit » offre sur un plateau et avec quelques années d’avance, ce que d’autres séries, majoritairement produites par la HBO plus tard, imposeront comme un style télévisuel adulte et décomplexé.

L’échec de la série en son temps, est-il seulement imputable à ces facteurs avant-gardistes ? Si l’effet de surprise joua négativement à fond, n’en serait-il pas de même aujourd’hui ? Jim Profit est le mal incarné et sa mise en valeur questionne aussi une morale et un mode de pensée typiquement occidentaux que l’on pensait à l’abri de certaines déviances. Le choc est donc rude pour le téléspectateur. Entre la fascination sadique qu’il éprouve pour cet être hypnotisant et le dégoût permanent qu’implique le machiavélisme assumé dont Profit fait preuve, quelques repères majeurs s’évaporent.
Car plus que l’apologie d’un être dont la maxime évidente serait “la fin justifie les moyens”, Profit installe un climat malsain. Si les séries contemporaines n’hésitent plus à nous livrer des personnages bons avec une part d’ombre ou franchement mauvais avec des instants de clarté -ou entre deux eaux et recherchant leur voie, sortant le téléspectateur de l’éternelle et ancestrale lutte du bien contre le mal- il n’en reste pas moins que leurs dimensions psychologiques sont assez vites et facilement décryptables.
Profit échappe à tout jugement car IL EST son seul juge ! Profit est imprévisible car rien ne le bride.
Bref, pas si évident que la pilule passerait plus facilement aujourd’hui si la série n’avait pas obtenu, avec le temps, ce statut d’objet culte.

L’édition DVD Paramount est l’objet rêvé par tous les amateurs de « Profit » ou de séries TV. Présenté comme un livre, le Pack 3 DVD avec sérigraphie séparée des DVD, contient également un livret intérieur de 16 pages, complet et beau. Infos sur la série, résumé des épisodes, dates des premières diffusions US et France, cinq pages de brèves sur la production de la série et toute une iconographie comprenant les reproductions des coffrets VHS parus (France et USA) et des publicités presses US. Le transfert numérique tire honnêtement le maximum des masters d’origine (présence de la VO et de la bonne -il faut le souligner- VF). De nombreux bonus sur le troisième DVD, avec un documentaire américain de 67mn réalisé en 2005, l’excellent documentaire français d’Alain Carrazé (23mn) des grandes années de Canal Jimmy (1999) et l’intégralité (à ma connaissance) des spots réalisés afin de promouvoir la série. Bref, un lot assez impressionnant de témoignages et d’interviews sur la série ainsi qu’une foule de renseignements additionnels.
Ce coffret, les passionnés en rêvaient, Paramount l’a fait !

FICHE TECHNIQUE
Profit (1995)
Diffusion : 4 premiers épisodes en 1996 (USA), tous les épisodes de septembre à novembre 1997 sur Canal Jimmy (France)
Scénarios : John McNamara (1, 4 & 7), David Greenwalt (1, 2, 3 & 8), John Shirley (5) & W. K. Scott Meyer (6)
Réalisation : Robert Iscove (1, 2, 4, & 8), Jim Charleston (3), Scott Paulin (5), David Greenwalt (6), Michael Engler (7)
Titres : Le Pilote (1), Hero (2), Sykes (3), Healing (4), Cupid (5), Chinese Box (6), Security (7), Forgiveness (8)
Producteur : Robert Iscove
Producteurs exécutifs : John McNamara, David Greenwalt, Stephen J. Cannell
Photographie : Rodney A Charters (1 à 3), Peter F. Woeste (4 à 8)
Musique : Mike Post & Walter Murphy
Production originale : Free Dolphin Entertainment
Distribution (acteurs principaux) : Adrian Pasdar (Jim Profit/Stakowski), Lisa Zane (Joanne Meltzer), Lisa Darr (Gail Koner), Lisa Blount (BobbiStokowski), Keith Szarabajka (Charles Gracen), Jack Gwaltney (Pete Gracen), Allison Hossack (Nora Gracen), Sherman Augustus (Jefffrey Sykes), etc.

Profit - Un Digipack 3 DVD (avec livret intérieur)
Édition et diffusion DVD : Paramount France (A Viacom Company)
Références : FD313751 - EDV681
Édition et diffusion DVD : Paramount (A Viacom Company)
Presse : Frédéric Henry Communication (Paris)

Prix : 35 €

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES
Digipack 3 DVD 9 (7,86 - 7,87 & 6,82), numérotation et sérigraphie sur chaque DVD
Menu d’entrée avec une séquence tirée de la série, les mots Mensonge, Pouvoir, Trahison, etc, apparaissent) puis enchaînement par un accès aux items et aux épisodes (extraits des épisodes pour chaque entrée).
Composition du menu :
DVD 1 & 2 : Tous les épisodes, Les épisodes (choix d’un épisode) et Versions (choix VO-ST ou VF), retour à l’entrée des DVD via Menu Principal, ensuite.
DVD 3 : Épisode 8-Forgiveness, Les Bonus (accès aux docs et aux Spots TV), Versions (choix VO-ST et VF)
Image : 4/3 (TV, 1.33 respecté).
Son : Version française et version originale américaine en 2.0
Sous-titre : français imposés sur la version originale américaine.
Chapitres : pas d’accès par item (seul petit manque sur cette édition) mais bien présents via la zapette (6 sur le pilote et 3 par épisodes ensuite).

DVD 1 : Le Pilote (double durée), Hero, Sykes
DVD 2 : Healin, Cupid, Chinese Box, Security
DVD 3 : Forgiveness, les bonus (deux documentaires : « Spécial Profit », « Greed Kills » et « Spots TV »)

BONUS
Spécial Profit (22’24) : excellent documentaire diffusé par Canal Jimmy en 1999 et réalisé par Alain Carrazé (VF et VO-ST lors des interviews). Parfait résumé de l’affaire, interviews utiles et analyse remarquable du spécialiste maison. Beaucoup d’humour aussi.

Greed Kills (1h 06’ 54’’) : Documentaire américain réalisé en 2005 et répondant sans doute au succès culte de cette série. On apprend quelques détails supplémentaires sur la création et la réalisation de la série (sa production aussi) même si cela recoupe en grande partie le documentaire français de 1999 qui avait presque tout dit en beaucoup plus court. Excellent complément cependant.

Spots TV (6’10) : 17 spots TV diffusés par la Fox et annonçant la série ou la diffusion d’épisodes. Diffusés en VO-ST sur cette édition.

Livret : il ne s’agit pas d’un bonus DVD mais d’un supplément rare et passionnant présent sous forme écrite dans le digipack. Bourré d’informations et d’iconographies sur la série, c’est un véritable must et une leçon du “comment faire simple tout en étant complet”.

APPRÉCIATION GLOBALE
Une série culte qui laissa les spectateurs américains dégoûtés et les Français qui eurent la chance de la regarder sur Canal Jimmy, passionnés. D’une certaine manière et même si la thématique fantastique n’apparaît que sous la forme de l’improbabilité de la situation, il s’agit d’un choc équivalent à celui causé par la diffusion du « Prisonnier » en son temps : l’imagination est au pouvoir et va ouvrir de nombreuses portes à d’autres !
Superbe pack DVD dans sa saine simplicité qui n’évite pas l’exhaustivité et beau transfert qui tire le maximum des masters originaux. Un modèle d’édition.


Stéphane Pons
16 janvier 2006






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