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Deux Van Gogh (Les)
Hozumi
Glénat

Paris 1885, Theodorus Van Gogh est le directeur de la branche parisienne de la galerie d’art Goupil & Cie. Mais Théo est un marchand d’art peu banal, se mêlant au petit peuple, s’intéressant à ces peintures que conchie l’Académie des beaux-arts. Car à cette époque, ce sont les illustres membres de l’académie qui décident ce qui est beau. Et évidemment, seule l’élite est capable d’apprécier la véritable beauté. Des portraits, des corps d’éphèbes ou de nymphes, dieux, et déesses, voila l’image du beau et la seule représentation acceptable dans les galeries dignes de ce nom. Alors qu’un homme comme Theodorus Van Gogh ose utiliser son nom et surtout celle de Goupil & Cie pour vendre des tableaux de rue, de prostitués ou même, comble de l’horreur, de natures mortes est un outrage à l’art, le vrai. Mais Théo n’en a que faire , il passe son temps dans les bars parisiens comme le Chat Noir où se retrouvent les peintres maudits de Paris, comme le petit mais virulent Henri de Toulouse Lautrec.



En fait, cet amour pour la peinture non traditionnelle est né très jeune chez Théo, alors qu’il vivait chez ses parents avec son frère aîné, Vincent Van Gogh. Le jeune homme semble incapable de se mettre en colère, d’un tempérament toujours égal, prenant la vie par ses bons côtés et acceptant ce que lui offre le destin, que ce soit de bien ou de mal. Mais surtout, Vincent est un génie de la peinture, toutefois ses œuvres sortent de l’ordinaire et ne correspondent pas aux canons de beauté de l’académie. Pourtant, Théo le fait venir à Paris pour faire connaitre ses œuvres. Théo s’est alors fait des ennemis mortels au sein de l’académie dont le peintre Gérôme. Ce dernier n’hésite pas à détruire ces pseudo peintres qui dévoient le beau avec leurs croûtes, et il est prêt à tout pour les stopper, quitte à leur briser les bras. Et Théo est allé trop loin en organisant une exposition d’œuvres de ces peintres parisiens, sans compter l’humiliation qu’il s’est permis en invitant des vagabonds à la très sélecte inauguration de la galerie Ethan. Il est temps de donner une bonne lecon à ce jeune présomptueux.

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Attention, pour tous les amateurs d’art qui viennent de me lire, mettons tout de suite les choses au clair avant qu’ils ne s’énervent en se demandant de qui je me moque avec ce résumé : “Les Deux Van Gogh” n’est pas une biographie du célèbre peintre hollandais. L’oeuvre de Hozumi réécrit la vie des deux frères Van Gogh, pour nous donner la justification de ce travail de réécriture de la vie du célèbre peintre à la fin du tome. Toutefois, la majorité des lecteurs qui ne sont pas des connaisseurs de la vie de Vincent Van Gogh se laissera prendre par cette vie romancée et sera certainement étonnée par le parti pris de l’auteur.

“Les Deux Van Gogh” est donc un récit fictif sur les deux frères Van Gogh qui ont par contre existé. Si Vincent est mondialement connu, Theodorus l’est moins, hormis pour avoir gardé sa correspondance épistolaire avec son frère. Et c’est à travers ce fait historique que Hozumi a réinventé la vie des deux néerlandais. L’histoire se place du point de vue de Theodorus et Vincent devient au fil du manga un des personnages du récit. A travers Théo, le mangaka nous dépeint un monde de l’art emprunt d’un extrême conservatisme, expliquant l’impossibilité aux grands peintres de l’époque cherchant à révolutionner leur art de pouvoir percer. Nous rencontrons des grands noms de l’impressionniste et post impressionniste, nous fréquentons avec Théo des lieux mythiques comme Le Chat Noir, ce célèbre cabaret de Montmartre créé par Rodolphe Salis. Theodorus va devenir le protecteur de ces peintres maudits dont le génie était bafoué par les dépositaires du savoir de l’Académie des beaux-arts, incarné par le peintre Gérôme. Jean-Léon Gérôme était en effet un peintre membre de l’académie à cette période. Il est considéré comme un des principaux représentants de la peinture académique du Second Empire. Sous les crayons de Hozumi, il devient le salaud de l’histoire, un protecteur obsessionnel d’une forme de peinture décrite comme dépassée mais qui refuse de céder sa place aux peintures modernes.

Hozumi se fait un plaisir d’opposer moderne et ancien, avec il faut l’avouer un parti pris pour mettre en valeur ces peintres sans le sou qui ne parvenaient pas à vivre de leur art. Mais si Hozumi parle d’art et donne dans ce manga son avis sur ce qu’il considère comme le véritable art, c’est-à-dire celui qui peut être compris et partagé par tous, le mangaka nous montre aussi un véritable talent de dessinateur. Car si “Les Deux Van Gogh” se lit aussi facilement et avec beaucoup de plaisir, même pour un inculte notoire sur les peintres célèbres comme votre serviteur (oui, j’avoue), c’est aussi par l’atmosphère et le charisme des personnages créés par Hozumi. Graphiquement, chacun a son identité propre et le mangaka a choisi de ne pas se rapprocher des portraits des personnages célèbres qu’il croque. Pour rester dans l’ambiance de l’histoire romancée, il va donner de nouveaux traits à Van Gogh et autres Lautrec. Si certaines peintures qu’il représente sont de pures inventions, il va toutefois s’inspirer d’œuvres célèbres de Van Gogh et Toulouse Lautrec pour illustrer son manga. Ces œuvres s’intègrent parfaitement à son récit et à son style graphique, tout est fait pour séduire une large palette de lecteurs, du novice au connaisseur des dessins. Certes, le côté parfois exagéré de certaines scènes comme l’enlèvement de Vincent Van Gogh peut paraître trop romanesque, mais leur déroulement n’est nullement décalé par rapport au parti pris de l’auteur sur la vie imaginée de Van Gogh.

Ainsi, même si ce n’est pas du tout une biographique, “Les Deux Van Gogh” peut être une bonne manière de découvre ce grand nom de la peinture ainsi que certaines de ses oeuvre, mais surtout son talent.


Les Deux Van Gogh
- Auteur : Hozumi
- Traduction : Karine Rupp-Stanko
- Editeur : Glénat
- Format : 115 x 180 mm
- Pagination : 384 pages noir et blanc
- ISBN : 9782344005682
- Parution : 18 mars 2015
- Prix : 10,75 €


SAYONARA SORCIER © 2013 HOZUMI / SHOGAKUKAN
© Edition Glénat - Tous droits réservés



Frédéric Leray
18 mars 2015




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