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Bifrost n°75
Rédacteur en Chef : Olivier Girard
Revue, n°75, science-fiction, nouvelles – articles – entretiens - critiques, juillet 2014, 192 pages, 11€

Poul Anderson figure incontestablement au rang des grands écrivains de la science-fiction, il appartient au panthéon du genre, mais il n’a pas la reconnaissance qu’il mérite en France, notamment à cause du travail de sape des critiques, souvent de mauvaise foi, dans les années 1970. Entre autre résultat, une grande partie de son œuvre est encore inédite chez nous et c’est le Bélial qui a décidé de faire évoluer les idées reçues, de remettre Poul Anderson sur le devant de la scène en publiant l’intégrale en 4 volumes de « La Patrouille du Temps », en réparant un gros oubli avec la traduction de « Tau Zéro », en rééditant des ouvrages quasi introuvables avec des traductions révisées (« Trois Cœurs, Trois Lions », « La Saga de Hrolf Kraki »...), sans oublier le fort recueil, « Le Chant du Barde ».
Avec ce « Bifrost » qui lui est consacré, un nouvel étage est ajouté à la fusée Poul Anderson...



Tout voyage s’arrête” met en scène un télépathe obligé de vivre avec toutes ces pensées s’entrechoquant dans sa tête et révélant la vraie face des personnes. Bien sûr, il cache son don sous peine d’être sujet d’expériences, mais la solitude lui pèse. Comment partager son existence avec une personne dont il connaîtrait tout ?
Poul Anderson trouve une solution somme toute logique. Solution qui marche le temps de mieux faire connaissance ! La conclusion s’avère particulièrement savoureuse.

Si le texte précédent finissait sur une note humoristique, “In memoriam” conte la fin de l’humanité. Le début rappelle la célèbre short short de Fredric Brown, « Le dernier homme sur Terre... » mais personne ne vient frapper à la porte. La fin est inéluctable, celle de la race humaine avec son dernier représentant au plus mal et complètement démuni, ainsi que de son berceau. Texte désenchanté qui laisse un sentiment de malaise. Triste, mais “In memoriam” fait mouche, alerte l’homme sur le danger de creuser ainsi sa tombe. Et ici, pas d’espoir.

Suit un imposant dossier qui balaye la carrière de Poul Anderson. Jean-Daniel Brèque nous le présente dans un superbe et complet article, avant que Gordon R. Dickson, un ami de Poul Anderson, prenne le relais à travers la traduction d’un papier de 1971, nous parlant du jeune homme qu’était alors l’écrivain. Deux anciens et courts entretiens accordés en 1979 et 1985 à des publications françaises nous sont aussi donnés en lecture, avant un instructif article sur les années « Fiction » et comment la perception de l’œuvre de Poul Anderson a évolué du fait des critiques souvent d’une mauvaise foi manifeste, Jean-Pierre Andrevon en tête. Ce passage est révélateur du résultat de ce démontage en règle : « Même si c’est en se pinçant le nez, la revue continue pourtant de publier Anderson aussi souvent que possible. » Hallucinant !

Ce dossier s’achève par un guide de lectures avec des focus sur les principaux cycles (« La ligue polesotechnique », « L’Empire terrien » et « La Patrouille du temps ») et ses romans à forte influence historique, avant les chroniques de toute une série de livres, dont la plupart encore inédits en France.
Même si la bibliographie de Poul Anderson ne figure pas dans ce numéro, car elle aurait occupé une trop grande place, on se rend facilement compte de l’ampleur de sa production, ce qui est confirmé en ligne.
Lors de la lecture de cet imposant et bon dossier, on aura pas manqué de noter quelques actualité éditoriales fort intéressantes. À savoir : les éditions du Bélial’ publieront prochainement l’intégrale des aventures de Nicholas van Rijn et de David Falkayn ( « la Ligue polesotechnique ») en 5 volumes, ainsi qu’elles rééditeront l’intégrale de « La patrouille du temps » en 2 volumes dans la collection Kvasar.
On peut dire que Le Bélial’ continue dans sa réhabilitation de l’auteur et après ce dossier, on ne peut que s’en féliciter, d’autant que « L’Épée brisée » est prévue pour cette fin d’année.

Autre gros morceau de ce numéro : “Faits pour être ensemble” de Ken Liu. Chaque apparition de cet auteur montre son grand talent, comment il extrapole notre quotidien pour un futur avec nos travers exacerbés. Les réseaux sociaux où l’on partage nos vies avec les autres prennent ici une dimension beaucoup plus importante, on ne peut plus s’en passer et on vit chaque seconde avec. Il y a un moment où l’on peut se demander où notre liberté s’arrête lorsque l’on ne cesse de nous conseiller, d’orienter nos choix.
Réflexion sur le devenir de notre société, sur cette notion de partage où l’on dévoile une grande partie de nous au grand jour et ses dérives possibles. Comparer Ken Liu avec Greg Egan tombe sous le sens. À chacune de ses parutions françaises, Ken Liu séduit, montre tout son potentiel et l’annonce du recueil de l’auteur, « Ménagerie de papier », chez le Bélial’ ne peut être accueillie qu’avec le sourire.

Jean-Marc Ligny nous invite à plonger dans “RealLife 3.0”. Cette version d’essai s’avère pleine de surprises et le personnage a préféré s’y immerger sans avoir lu l’avertissement joint. Que dit-il ? Mystère et c’est là l’astuce. On en voit les effets, cette nouvelle réalité se présente peut-être moins factice que l’ancienne, plus proche de la vérité, mais place l’humain au centre. Belle immersion et on en sort avec un doute, la faute à cet avertissement non lu !

Roland Lehoucq et Jean-Sébastien Steyer ont vu le dernier « Godzilla ». Cette démesure dans la taille de la bête fait le beau jeu au spectacle, mais malmène la science.
Et « Bifrost », c’est bien sûr aussi un important volet critique, le papier de Pierre Stolze, ce trimestre sur le roman-feuilleton, et l’entretien avec un libraire.

Un très bon numéro de « Bifrost » consacré à Poul Anderson, un écrivain que l’on a pas fini de lire chez l’éditeur. Une bonne nouvelle !


Titre : Bifrost
Numéro : 75
Rédacteur en chef : Olivier Girard
Couverture : Philippe Caza
Type : revue
Genres : SF, études, critiques, nouvelles, entretien, etc.
Sites Internet : le numéro 75, la revue (Bifrost) et l’éditeur (Le Bélial’)
Dépôt légal : juillet 2014
ISBN : 978-2-913039-72-8
Dimensions (en cm) : 14,9 x 21
Pages : 192
Prix : 11€



François Schnebelen
5 août 2014






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