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Au Royaume de Volaria : Le Choix de Dana
Michael Espinosa
Rageot, romans, roman (France), fantasy, 186 pages, mai 2014, 6,45€

Dana aide son père à la taverne, mais ne rêve que de partir découvrir le monde. Lorsqu’un Protecteur, membre de la troupe d’élite du prince chargée de la justice et de la défense des frontières, s’arrête au village pour recruter de nouveaux apprentis, Dana tente sa chance, face aux garçons plus âgés qu’elle. Malgré les récriminations de certains - on a jamais vu une fille Protecteur ! - elle est engagée, et rejoint la capitale avec son mentor.
Là, elle rencontre cinq autres apprentis. Certains sont fils de noble, d’autre non. Deux se démarquent : Sirius, fier et imbu de lui-même, lui est immédiatement hostile, tandis que Lance, que son père a poussé à s’engager, lui fait tout de suite bonne impression.
Quelques épreuves les attendent, pour gagner leur armure, leur épée avant de partir en mission.



Michael Espinosa, professeur de CM2, a tenu pendant des années la présente rubrique jeunesse de la Yozone. Et ce n’est pas son coup d’essai dans l’écriture. Autant dire qu’entre sa connaissance des livres et celle des attentes des jeunes lecteurs, il est au top.

On va me taxer de copinage, mais je me suis contraint à lire « Le Choix de Dana » avec la même exigence que n’importe quel autre roman jeunesse. Et le résultat est sans appel : c’est un excellent bouquin.

Oui, l’histoire est classique : une jeune fille qui veut faire une carrière de garçon, des rivaux, un ami, une solide camaraderie, des épreuves qui dévoilent ses failles et dont parfois elle ressort plus forte, des petits mystères autour des personnages secondaires, une intrigue liée au destin exceptionnel contre lequel l’héroïne devra lutter... Oui, vous avez sûrement lu dix, vingt fois.

Mais pour cette même trame, combien de fois avez-vous lu un bouquin mal écrit ? Où l’écriture, le style même de l’auteur peinait à vous pousser à avancer ? Des histories de 500 pages, écrit en tout petit, où vous aviez envie de sauter des pages, où vous vous forciez à lire un chapitre de plus en espérant que les choses bougent un peu,et une fois à la fin vous vous disiez « tout ça pour ça ? »

Ici, ne l’oublions pas, on est chez Rageot, en petit roman, destiné à un public dès 9-10 ans. Et que tout cela tient dans 180 pages.

Michael Espinosa ne se perd jamais dans sa narration. Il y a ce qu’il faut de descriptions, de dialogues, d’action et d’introspection. Et rien de trop. Aucun de ses paragraphes répétant ce qu’on a lu deux chapitres plus tôt et destinés à combler les trous de mémoire des lecteurs peu assidus.

Ce n’est pas parce qu’il s’adresse à un jeune public que Michael Espinosa édulcore son propos. Face à des rouleaux compresseurs de la fantasy jeunesse, comme « Harry Potter » ou « Eragon », il offre un texte plus aéré que le premier, préférant apporter les détails importants en temps utile au lieu de surcharger, voire saturer le lecteur d’informations ; et il ne se perd pas en errances inutiles et scènes de pur remplissage comme le second.
Au lieu de chercher à caser à tout prix des scènes spectaculaires (qui feront très bien au cinéma) mais creuses, Michael Espinosa se concentre sur son héroïne et des actions, des épreuves à son échelle, et les leçons qu’elle en tire, accompagnant le jeune lecteur dans son propre apprentissage de valeurs.

C’est là peut-être encore la plus grande valeur du « Choix de Dana », face à la fantasy pour ados de 10 à 16 ans : alors que cette dernière devient de plus en plus purement divertissante, quand ce n’est pas sirupeuse en effleurant les méandres des premiers émois, les premiers romans pour 10-12 ans ont un objectif presque pédagogique d’enseignement de valeurs. Dana fait preuve de courage, de persévérance. Mais ce roman n’est pas une leçon de morale : souvent Dana doute, d’elle-même, des conséquences de ses choix pour elle et ceux qui lui sont chers, elle veut abandonner, ou au contraire elle se met en colère quand c’est un élément extérieur qui l’empêche d’avancer malgré sa détermination. Dana n’est pas lisse, elle n’est pas la bonne petite élève qui réussit tout à force de qualités, oh non ! elle est au contraire une rêveuse, qui n’en fait qu’à sa tête, qui désobéit, qui se désespère aussi vite qu’elle s’emporte, qui agit parfois sans réfléchir... Bref, c’est une jeune fille, à laquelle les autres jeunes filles (et les garçons aussi) pourront s’identifier, elle qui s’émancipe dans un monde fortement masculin, comme très souvent en fantasy, et comme notre société, malgré tout, l’est encore aujourd’hui.

Enfin, c’est le début de l’apprentissage pour Dana, et la découverte de certains mystères autour de ses parents, donc on attend la suite ! Gageons que l’auteur saura encore jouer intelligemment entre une trame peut-être attendue mais logique et une écriture sans défaut. Même si je ne serai pas contre quelques surprises...
Mais j’entends presque notre ancien collègue (ou ma propre voix) : nous qui lisons tant, peut-on encore nous surprendre ?
Oui. « Le Choix de Dana » m’a surpris : c’était « tout simplement » très bien.

(Edit : Lire la chronique du tome 2 : Le Destin de Dana)


Titre : Le Choix de Dana
Série : Au Royaume de Volaria
Auteur : Michael Espinosa
Couverture : Krystel
Éditeur : Rageot
Collection : Romans
Site Internet : page roman (site éditeur)
Numéro : 253
Pages : 186
Format (en cm) : 18 x 12,5 x 1,5
Dépôt légal : mai 2014
ISBN : 9782700242751
Prix : 6,45 €



Nicolas Soffray
18 mai 2014






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