YOZONE
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Grandclapier, le nouvel ogre de Joann Sfar
L’auteur répond à quelques questions
mars 2014

À l’occasion de la parution de « Grandclapier », son auteur Joann Sfar (qu’on ne présente plus) a bien voulu répondre à quelques questions :



Yozone  : « Grandclapier » est-il de la fantasy ? Les éléments toponymiques laissent imaginer des racines « historiques » dans le Sud de la France, mais les créatures n’appartiennent à aucun canon de la fantasy (voire même pas à celui de « Donjon »)

Joann Sfar : Oui, ça se passe dans les souvenirs réels que j’ai de Nice et de sa mémoire : habitat préhistorique de pêcheurs-cueilleurs, comptoir grec, puis lieu stratégique au Moyen-Age avec le Piémont-Sardaigne. Ce sont des lieux qui étaient très présents dans les leçons à l’école. On nous parlait de tout ça. On nous emmenait voir les grottes du Lazaret, le palais Lascaris, le Mont Alban. Tout ça nourrit la topologie de l’Ancien Temps.

Les créatures ? C’est une tentative de faire de la fantaisie « sérieusement ». « Donjon » avait un aspect parodique. Là, j’ai essayé de prendre tout ce qui me fascine depuis mon enfance et de le raconter « pour de vrai ». Question : à quoi ça rime à 43 ans de raconter encore des barbares et des monstres et des royaumes fantastiques ? Moi j’en ai besoin. Ça me rend heureux. Mais sans doute certains de mes personnages ont des préoccupations de quadragénaires !!!

Yozone  : « Grandclapier » parle d’extrême violence, de sexualité, de choix moraux discutables. Est-il vraiment pour les ados ? Et si oui, à partir de quel âge ?

Joann Sfar : La violence est très crue et imprévisible, et précisément décrite, car je crois qu’à tous âges on la comprend. Le sexe non. Il y a une sensualité omniprésente mais je ne suis jamais précis ou descriptif. Je veux que ma fille qui a 13 ans puisse lire ce roman sans être embêtée.

Je n’ai jamais dit que ce livre était pour ados !!!! Je crois qu’on peut le lire à partir de 13-14 ans sans problèmes, mais j’écris pour moi ! J’écris pour mes envies de géants, de chevaliers, de magiciens. Je ne sais jamais à qui s’adressent mes livres.

Sur la morale : je suis contre Gandalf ! Dans la fantasy classique, les vieux ont toujours raison, il y a des figures tutélaires qui enseignent l’obéissance aux jeunes héros. Ici, c’est l’inverse, et on va s’en rendre beaucoup compte par la suite : les vieux et leurs religions, et leurs morales, sont souvent très très néfastes. Et mes jeunes héros vont devoir inventer eux-mêmes des réponses aux problèmes qu’ils rencontrent. Bien entendu, ces problèmes résonnent avec aujourd’hui : manque d’eau, intransigeance religieuse, guerres absurdes...

Yozone  : Le discours sur la religion y est sans concession. Le Sourcier semble préférable à l’Unique, mais le dieu-poisson paraît tout amour et compassion (sauf le principe de se cogner le front contre les rochers). Toute religion est-elle haïssable ? Dans un univers de fantasy, la tradition polythéiste est-elle plus synonyme de liberté ?

Joann Sfar : haha ! Non !!! Au début on croit que les sourciers valent mieux que les autres…mais attendez la suite !!!
Cependant oui, ce que je mets sous le sceau du polythéisme et de la magie dans l’ancien temps, ce sont les philosophies anciennes et souvent venues de Grèce, les présocratiques, si vous voulez. Pour moi ces pensées balbutiantes et qui vont dans tous les sens sont préférables au monothéïsme qui a souvent décrété un grand retour en arrière, par le rejet de la dialectique.

Yozone  : D’autres histoires de l’Ancien Temps sont-elle prévues (sur quelque support et format que ce soit) ?

Oui !Oui !!! J’écris la suite du roman et la suite de la BD (note Yozone : voir : L’Ancien Temps : Le roi n’embrasse pas) !!! Ça se chevauche un peu ! Ça n’a aucun sens de faire des romans et des BD en même temps !!! En plus je ne travaille pas de façon industrielle, je mets vraiment longtemps à faire ces livres. Mais oui ! il y aura au moins trois ou quatre romans, et au moins une deuxième BD.

Yozone  : D’où vient l’idée de méduses rendant l’eau potable ? Et de la pluie qui tombe à l’envers (ou à l’endroit, c’est selon) ?

Joann Sfar : c’est comme dans Star Wars quand on voit qu il y a plusieurs lunes. J’ai voulu que dans ce monde, l’eau vienne de la mer et grimpe vers les collines, juste pour dire que c’est différent de chez nous. Mais est-ce que c’est plus normal chez nous ou chez eux ?

Yozone  : Combien de temps passez-vous à l’écriture (et/ou au dessin) par jour ? Des moments préférés pour écrire ? Un petit rituel de travail particulier durant la création de ce roman ?

Joann Sfar  : ça dépend !!!! La journée idéale, je commence à écrire. J’écris à la main. Trois ou quatre heures par jour si tout va bien, s’il n’y a pas de promo ou de cinéma !!! Et le dessin je peux commencer n’importe quand. Plus nocturne, sans doute, le dessin. Je peux écrire quatre heures sans m’arrêter. Mais le dessin, je sais dessiner huit heures sans poser la plume. Donc ça dépend des urgences. Un rituel ? J’écris à la main, et ensuite je retape à l’ordinateur et quand je retape, je réécris un peu. Les illustrations du roman sont venues après et je les ai réalisées à la plume atome et à l’encre de chine sur du papier A4.

Yozone  : Deux nouveaux Donjon Crépuscule à paraître en mars, dont « La fin du Donjon ». Vous finirez bien d’en raconter le début et le milieu quand même ? D’autres projets en cours ?

Joann Sfar : C’est la fin du grand arc narratif qui court depuis le début de Donjon, soit une trentaine d’albums !!!! On ne s’interdit pas d’en écrire d’autres un jour. Mais ces deux albums viennent boucler beaucoup de choses.

Yozone : Merci !
Lire la chronique de « Grandclapier »


Nicolas Soffray
6 mars 2014






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crédit photo : C. Helie /Gallimard



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