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Noces Funèbres : La conférence de presse
Tim Burton, Helena Bonham Carter, Michael Johnson, Allison Abbate
27 septembre 2005

Le 27 septembre dernier Tim Burton, Helena Bonham Carter (Actrice), Micheal Johnson (co-réalisateur) et Allison Abbate (productrice) étaient à Paris pour nous parler du dernier film de « Tim Burton’s Corpse Bride ». Un film de marionnettes réalisé en stop-motion (image par image).




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Monsieur Burton, vos trois derniers films avaient comme sujet la mort et le manque de communication entre les enfants et leurs parents. Le film est-il aussi personnel qu’il ne semble l’être ?

Tim Burton (TB) : Oui, j’ai beaucoup de mal à communiquer avec les parents maintenant qu’ils sont morts. Enfin, je ne communiquais pas beaucoup avec eux même quand ils étaient vivants. Oui, c’est un problème personnel sur lequel j’ai travaillé.

Et la communication avec votre fils ?

TB : Il ne parle pas encore !

Bien que vous ne soyez crédité que comme co-réalisateur, « Les Noces funèbres » est un film burtonien dans l’esprit et j’aurais aimé savoir ce que signifie l’univers de Burton pour Michael Johnson, Héléna Bonham Carter et Allison Abbate ?

TB : Je peux quitter la salle ? (rires)

Non, restez.

Allison Abbate (AA) : C’est l’équilibre entre la peur de la mort et l’innocence et la beauté de la vie. L’univers burtonien est comme un film policier plein d’espoir et d’amour.

Mike Johnson (MJ) : Doux amer, c’est comme cela que je définirai la touche de Tim dans ses films.

Helena Boham Carter (HBC) : C’est ma vie, l’univers de Tim ! Je suis dans sa vie.

Est-il aussi sombre que ça ?

HBC : C’est embarrassant... J’entends dire qu’il est noir, mais pour vivre avec lui, c’est un gars sympa, il est normal. Ca fait peut-être trop longtemps que je vis avec lui. Il a une profonde tendresse en lui et « Les Noces funèbres » n’est pas seulement un film qui fait peur, c’est aussi un message plein d’espoir et d’amour. Le travail de Tim est plutôt un travail d’amour. Sa signature est un peu un gribouillis qu’il appose partout en petites touches.

Ah, l’amour ! Tim, une réponse à cela ?

TB : Ce qui est incroyable avec ce film, c’est que tous y collaborent d’un point de vue artistique : les marionnettistes, les animateurs... C’est un peu bateau comme affirmation mais vraiment chacun y a apporté quelque chose. C’est un tel plaisir même si ce support semble un peu démodé mais c’est un sentiment très fort.

Question technique aux réalisateurs. Pourquoi faire un film d’animation aujourd’hui et avez-vous utilisé des images de synthèse (CGI = computer generated images) ?

TB : Avant tout, j’ai toujours aimé la technique du stop-motion (NDLT : en français technique de l’image par image). Ce que j’ai fait il y a 20 ans (NDLT : et avec « L’étrange Noël de Mr Jack » en 1993) avec des copains de chez ILM était une sorte de test. Ce film n’avait pas la texture, la beauté que l’on a obtenues maintenant. Il s’agit plutôt de choisir l’exact médium pour exprimer le contenu d’un film. Et l’animation dégage une émotion particulière.

MJ : Au sujet des images de synthèse, on en a utilisé un tout petit peu. Juste assez pour améliorer un effet : la profondeur, le vert, les papillons. Mais tous les personnages sont générés exclusivement par la technique d’image par image.

Et dans le cadre de cette technique de stop-motion, combien de temps faut-il tourner pour obtenir une minute de film ? Combien de jours ?

TB : Plusieurs. Lorsqu’un animateur peut finir 6 ou 7 secondes par semaine, on est vraiment bien. Chaque seconde compte 24 mouvements ! Le travail des animateurs est franchement époustouflant : il sont à la fois d’exceptionnels techniciens et des artistes hors pair.

AA : Je n’avais jamais pris part à la production d’un film d’animation. J’ai visité les studios des animateurs, terme qui leur convient mieux puisqu’ils font le travail d’acteurs qui ne produisent pas le son. C’est incroyable comment ils arrivent à reproduire la vie, les successions de mouvements. C’est comme faire bouger des sculptures. Mais c’est très différent de la génération d’images de synthèse.

Comment expliquez-vous le sentiment de joie et de bonheur dans une histoire noire et de mort ?

TB : Pour moi, j’ai trouvé l’inspiration dans mon enfance avec une culture qui a beaucoup de côtés obscurs, de sujets tabous. Vivre à Los Angeles, c’est aussi la vision hispanique sur la mort, les morts, les squelettes, danser, manger au resto, sortir au théâtre. Il y a une joie, un art de la fête qui permet de transcender ces problèmes frappés d’interdit social. Tu vois d’autres cultures qui ont un regard plus positif sur tout cela.

AA : Pour moi, dans ce film, le plus beau est qu’il ne faut pas craindre la mort. Les gens que tu a aimés vivants, tu peux encore les aimer par delà la mort. C’est donc la force du film de montrer que la mort n’est pas quelque chose qu’il faut craindre.

Vous transgressez un peu les règles du films pour enfants. D’abord est-ce un film pour enfant ? Et est-ce que l’humour très présent est une façon de désamorcer la noirceur du sujet ?

TB : On a pas pensé dans cet esprit. J’ai juste cherché à faire quelque chose que j’avais envie de voir. Les cauchemars semblent terroriser les enfants mais en fait, ils adorent ça. Pour moi, c’est juste une histoire d’amour entre deux squelettes. Ce n’est pas quelque chose que j’aurais peur de montrer à un enfant. Même les chiens font des cauchemars. Tout le monde.

AA : Je crois que les enfants n’auront pas de problème avec ce film. C’est nous, les adultes qui avons un problème avec l’idée de la mort. J’ai demandé à ma mère -qui est psychothérapeute et donc très intelligente- et elle m’a dit que les enfants aimaient la mort et n’avaient pas de problème avec ça. Les contes de fées classiques sont toujours sombres, pleins de mort sans que cela traumatise les enfants.

En demandant à Michael Gough et à Christopher Lee de participer à ce film, c’était une manière de rendre hommage à la compagnie Hammer ?

TB : Ce sont avant tout des grands personnages avec des Voix. On a eu beaucoup de chance avec le casting, c’est même probablement le meilleur que j’ai eu. En grandissant avec des films d’horreur, en rencontrant ces deux personnes, Gough et Lee, j’étais content de rencontrer Vincent Price.. Rencontrer et travailler avec ses idoles, c’est géant.

Et comment avez-vous approché ces comédiens pour faire les voix du film ? Bonjour, j’ai un rôle écrit pour vous ?

AA : Non, avec une audition. C’est moi le chef !(Rires) Il a mis deux semaines à se décider...

TB : L’animation est une longue procédure ! (Rires)

AA : Rien n’est facile. C’est un gars charmeur avec lequel il faut travailler dur. Tu adores les auditions..

TB : Non, pas vraiment...

AA : Comment ? Alors pourquoi on en a fait ?

Pour Mike Johnson, selon le catalogue du festival du film d’Annecy, il est dit que vous avez deux autres films à votre actif. Mais je n’en ai pas trouvé la trace. Pouvez-vous en parler ?

MJ : Ce sont des films B. L’un est basé sur un conte populaire d’Afrique, l’autre sur un russe. Mais j’ignore où ils sont passés. Ce sont des films d’animation.

Question à Tim Burton, je voudrais avoir dans quelle mesure Vincent, le personnage de votre court-métrage dont le visage rappelle celui de Victor, et des films de votre enfance comme “Jason et les argonautes” nourrissent votre inspiration aujourd’hui.

TB : Je me souviens de tous les films que j’ai vus dans mon enfance et qui ont eu une réelle influence sur moi. Pour la première partie de la question, « L’étrange Noël de Mr Jack » était plus facile dans sa conception graphique parce qu’on était dans la fantasy. En image par image, les personnages humains sont toujours plus complexes à rendre, par exemple la peau. On peut affirmer en quelque sorte que Victor est Vincent qui a grandi. Mais cela m’a aidé à dépasser les difficultés du personnage humain.

Mais vous avez révolutionné la technique de l’expression faciale en image par image. Pouvez-vous en parler ?

MJ : Dans « L’étrange Noël de Mr Jack » et « Vincent », il y a avait une technique pour les visages et la disposition des têtes. Mais ici, on avait besoin de mieux contrôler l’expression du visage. Donc les animateurs devaient utiliser du matériel encore plus fin pour animer les visages mécaniques. Jamais on était allé aussi loin dans la précision.

TB : Il a fallu parfois un an pour mettre au point La technique pour simplement bouger une bouche, un oeil. Il fallait voir combien l’intérieur des têtes des marionnettes était exceptionnel. Incroyable

Pour Helena, vous êtes à l’affiche de deux films d’animation en même temps. Etes-vous tombée amoureuse de cette technique ? Et pour élargir, à Tim et Mike, pensez-vous que le stop-motion est la réponse poétique aux formatages hollywoodiens des « Shrek » et compagnie ?

HBC : A l’origine, on m’a proposé ces deux films alors que j’étais enceinte, il y a plus de deux ans. Maintenant mon fils est né. A cette époque, faire des voix était compatible avec mon état. Et puis c’est très plaisant de faire des voix. Parce que un film, c’est avant tout de l’attente entre deux prises : se lever aux aurores, attendre le soleil, attendre l’avion, attendre les acteurs, attendre la caméra.. Ici, tu es juste devant un micro mais tu as aussi à créer un personnage, sans utiliser ton physique.

TB : Pour moi, Hollywood abuse du technique. Même Disney utilise les ordinateurs alors que la compagnie avait été crée pour faire de l’animation. Ca me choque. Mais Pixar fait de bons films. Et Disney n’a pas besoin de copier Pixar. Mais globalement, en animation, on fait de meilleures choses.

MJ : Pour revenir à ce qu’a dit Tim plus tôt, le truc est de bien choisir son support par rapport à son histoire.

Y a-t-il eu des influences provenant du travail d’Edward Gorey dans « Les Noces funèbres » et si oui, comment avez-vous pu mettre l’humour surréel d’Edward Gorey dans un format compréhensible.

MJ : Je n’y vois pas d’influence même si il y a des choses communes. Nous n’y avons pas pensé tant que ça.

Au niveau des caractères des personnages, les trois jeunes sont très humains et les parents sont plus caricaturaux. Pourquoi ce choix et comment avez-vous pensé les personnages ?

TB : Je crois que tout le monde peut comprendre. Quand j’étais gosse, les adultes me paraissaient étranges ou c’était propre à Burkank (ville où il est né) !

AA : Evidement la fiancée n’a pas l’air normale..

HBC : ...elle est morte...

TB : Créer ses personnages a été très amusant. D’un simple regard, on voyait ce qu’ils étaient. Et puis avec la voix, on a fignolé le personnage. C’est parfait. Soyons honnêtes : les personnages ont été dessinés il y a des années et ce qui est arrivé à ces personnages a été un dur combat.

Monsieur Burton, comment a été le travail avec Danny Elfman (le compositeur) ?

TB : C’est un frénétique du travail. Son principal problème, comme pour « Charlie et la chocolaterie », c’est qu’il a du travailler en aval pour le piano et les chansons parce que les animateurs en avaient besoin pour avancer. Il est donc intervenu très tôt dans le travail avec cette sorte d’impatience qui le caractérise.

Aux co-réalisateurs, comment avez-vous partagé le travail artistique ? Qui avait le dernier mot ?

TB : Mike a fait le boulot depuis le début. Il était présent partout à tout moment : il est resté des années dans les chambres noires. Mais en fait, l’histoire était déjà définie sur le story board.

MJ : Oui donc quand Tim est venu avec son projet, il savait déjà ce qu’il voulait, comment seraient les personnages. Il suffisait de suivre ce story board..

TB : Il y avait assez de travail pour chacun de nous deux...

Qui décidait des ouvertures de lentilles ?

TB : L’effet était clairement décrit sur le story board.

MJ : Tout était décrit comme si on voyait déjà le film fini, pré-mâché...

TB : On a fait des changements. Ce n’était pas « L’étrange noël de Mr Jack », c’était plus adulte, abouti, c’était plus “organique”. Quand quelqu’un venait avec une idée, on pouvait modifier les choses.

Même si certains thèmes sont récurrents, comme l’amour, les outsiders, il y a une dimension plus érotique ici avec les deux personnages féminins. Est-ce plus facile d’exprimer ses idées dans le cinéma d’animation que dans un film classique ?

TB : Du romantisme dans « Les Noces funèbres », oui c’est plus facile parce que dans la vie réelle... Ce qu’on a voulu dans ce film, ce triangle exprime passion, espoir, tristesse, tout ce qui fait la relation. Tous les sentiments à la fois.

Tim Burton, l’animation reflète-elle mieux votre univers que vos films et qu’en pense votre compagne (Helena) ?

TB : Ce projet-là ne pouvait se faire que dans l’animation. C’est comme pour « L’étrange noël de Mr Jack », c’est juste le bon sujet sur le bon support. Je ne veux pas faire que de l’animation, c’est vraiment un choix d’adapter le support à son message. Ici l’animation apportait une force au projet.

HBC : Les marionnettes ajoutent au sens poétique. Des comédiens en chair et en os auraient été plus triviaux.

La tendresse, la poésie et le romantisme sont plus présents avec cette technique. L’animation laisse aussi plus de place à l’imagination pour tout ce qui tourne autour.

Lors de la sortie de « Charlie et la chocolaterie », on vous avait posé une question sur votre rythme de travail. Là vous arrivez avec deux films coup sur coup alors que vous aviez annoncé vous calmer pendant quelque temps. Vous avez changé d’avis ou vous allez marquer une pause ?

TB : Ah, c’était la semaine dernière, non ? Non, rassurez donc ce garçon : il ne va plus me voir pendant quelque temps..

HBC : Maintenant ? (Dubitative, en étant sa compagne, elle mesure bien mieux la portée de ses mots !)

TB : Non, je vais prendre soin de mon fils et puis revenir..

L’univers de Tim Burton est très cohérent. Je voudrais savoir si selon vous, vous pourriez faire un cross-over avec deux de vos films pour les fusionner en un seul ? Et pour l’édition DVD, y aura-t-il des bonus en animation ?

TB : Oh. Etes-vous psychologue ou autre ? J’ai besoin de temps pour réfléchir à cela dans mon lit. Je pense qu’on peut considérer ce film comme un compagnon à « L’étrange noël de Mr Jack ». J’ai beaucoup de chance de pouvoir faire ce que je veux faire. Il y a donc une connexion entre chacun de mes films qui sont tous personnels.

Et pour le DVD ? Des bonus ?

TB : Souvent les dvd sont super chiants. Mais c’est l’occasion extraordinaire de voir plus loin : comment les choses se sont mises en place, les premiers essais d’animations sur les squelettes, les premiers tests. C’est la première fois que je suis aussi enthousiaste pour réaliser un DVD.


Bruno Paul
Véronique
Valérie Hoppenot
19 octobre 2005



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