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Calice du Dragon (Le)
Lucius Shepard
Le Bélial’, Kvasar, roman traduit de l’anglais (États-Unis), fantasy, 260 pages, mai 2013, 20€

Voilà deux ans, les éditions du Bélial’ éditaient « Le Dragon Griaule », un recueil de l’ensemble des nouvelles sur ce dragon pétrifié par un sorcier. Ce livre inaugurait alors la très belle collection Kvasar à la livrée beaucoup plus classieuse que ce qui se fait d’ordinaire dans la maison et, pourtant, il s’agit déjà d’ouvrages très soignés.
Il n’est donc pas étonnant que cette nouvelle incursion de Lucius Shepard dans l’univers du Dragon Griaule, pour un roman cette fois, connaisse le même honneur, surtout qu’il s’agit d’une exclusivité mondiale !
Nicolas Fructus s’est chargé de la couverture et des illustrations intérieures pour nous donner au final un très bel objet, agréable à tenir, à feuilleter, à simplement regarder.



Assez de félicitations sur le contenant, qu’en est-il de ce « Calice du Dragon » ?
Dans la ville de Téocinte, dominée par la présence du dragon Griaule mesurant un mile de long, Richard Rosacher, frais émoulu de l’école de médecine, cherche à percer le secret de la longévité de Griaule. Il désire examiner un échantillon sanguin de la bête plongée dans une léthargie millénaire sans que son état physique se dégrade.
Aller le chercher dans sa gueule titanesque n’est pas une sinécure et une dispute, au sujet du paiement du pauvre bougre qui s’est chargé de la mission, prend un tour inattendu.
Rosacher saisit l’opportunité se présentant à lui et devient l’homme le plus puissant de Téocinte. Un conseiller affiche également une ambition démesurée et, en bon politicien, il est passé maître dans l’art de la manipulation. Son nom : Jean-Daniel Brèque !

Il s’agit là d’un clin d’œil évident de Shepard à son traducteur français. Le fait que « Le Calice du Dragon » paraisse ici en exclusivité mondiale n’y est sûrement pas étranger. Par contre, le personnage n’est pas des plus recommandables dans l’histoire, il s’avère particulièrement retors en affaires. Rosacher n’est pas forcément plus fréquentable, car il navigue dans les mêmes eaux, avec des passages où il s’avère plus humain.
Toutefois, il serait amusant de connaître le fin mot de cette apparition dans un des rôles principaux. En passant, nous ne pouvons que saluer son excellente traduction qui rend parfaitement justice à la prose de Lucius Shepard.
L’écrivain a un sens inné de la description. Il sait parfaitement donner vie à son imagination dans l’esprit du lecteur. Il use très souvent de phrases très longues, sans qu’elles perdent de leur sens. La lecture coule de source, elle n’est jamais heurtée. À chacune de ses œuvres, c’est le même constat : la richesse de son écriture qui en fait toujours un grand moment.

Cependant, là n’est pas la seule qualité de Lucius Shepard. L’histoire est ici très bien maîtrisée. On suit Rosacher qui s’est fait une place grâce à Griaule. Il faut noter que le titre est très bien trouvé, il prend tout son sens au fil du récit.
Malgré son immobilité, son absence apparente de vie, le dragon semble régner sur son environnement du seul fait de sa présence. Il en impose déjà par sa masse abritant aussi bien des végétaux, des animaux que des humains. Microcosme autour duquel gravite la vie, beaucoup lui accordent le pouvoir d’influencer les gens, de les manier par son esprit toujours incisif. N’est-ce pas justement le cas avec Rosacher qui affiche une insolente jeunesse ? Et se mêle de la politique locale, et même de la religion, pour essayer de faire pencher la balance dans son sens ?
Sans l’expliciter pour ne pas dévoiler cette trouvaille, la construction n’est pas sans renforcer ce propos.

Les montées en puissance de Rosacher et de Brèque coïncident avec l’arrivée de Méric Cattanay, “l’homme qui peignit Griaule” et qui correspond à la première incursion de Lucius Shepard dans ce cycle que l’on aurait tendance à classer au rang de la fantasy.

« Le Calice du Dragon » nous amène à l’ombre du dragon Griaule régnant insidieusement sur son entourage, nous plonge dans les intrigues commerciales, politiques et religieuses locales des décennies durant. Ce roman représente une nouvelle incursion dans cet univers si particulier, si prenant et faisant la part belle à l’imaginaire et au style de Lucius Shepard.
Une preuve supplémentaire de son indiscutable talent... s’il en fallait encore ! Il figure au rang des voix les plus originales de l’imaginaire.

Vous l’aurez compris, « Le Calice du Dragon » est une lecture des plus recommandables. Celle préalable du recueil « Le Dragon Griaule » n’est pas indispensable, mais les deux titres forment un tout de haute volée, aussi bien au niveau de l’histoire que de la présentation.


Titre : Le Calice du Dragon (Beautiful Blood, 2013)
Auteur : Lucius Shepard
Traduction de l’anglais (États-Unis) : Jean-Daniel Brèque
Couverture : Nicolas Fructus
Illustrations intérieures : Nicolas Fructus
Éditeur : Le Bélial’
Collection : Kvasar
Directeur de collection : Olivier Girard
Site Internet : Roman (site éditeur)
Pages : 260
Format (en cm) : 15,1 x 22
Dépôt légal : mai 2013
ISBN : 978-2-84344-119-6
Prix : 20 €



Lucius Shepard sur la Yozone :
- « Le Dragon Griaule »
- « Louisiana Breakdown »


François Schnebelen
2 juillet 2013






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