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It’s all true
Édition simple DVD, OF2B éditions
20 septembre 2005


Genre : Film documentaire
Durée : 1h 25’ (approx.)

En 1942, Orson Welles est une célébrité du cinéma américain. Il est vrai qu’entre son adaptation radiophonique de « La Guerre des Mondes » et son fabuleux premier film, « Citizen Kane », l’homme a marqué les esprits.
Le Département d’État Américain (Ministère des Affaires Étrangères) souhaitant resserrer les liens avec certains états d’Amériques du Sud aux amitiés pro-Allemandes trop prononcées, a soudain l’idée de financer quelques ambassades culturelles chargées de promotionner l’image des USA auprès des dictateurs locaux.
C’est donc par calcul politique que la RKO (sa société productrice) envoie Orson Welles au Mexique puis au Brésil afin d’y dépenser un petit million de dollars et d’y tourner accessoirement quelques documentaires dont un sur le Carnaval de Rio.

Fait rarissime, Welles peut tourner en couleur. Ce qu’il ne fera finalement qu’une seule autre fois dans sa vie de réalisateur pour « Une Histoire Immortelle » (adaptation d’un conte de Karen Blixen que Welles adorait et un remarquable téléfilm commandé par l’ORTF en 1969).
Manque de bol, les premiers rushes muets envoyés par Welles effarent les nouveaux pontes de la RKO qui ne savaient visiblement pas qu’il y avait beaucoup de noirs au Brésil... Passons, l’ordre arrive illico presto d’arrêter les frais !
Le problème, c’est qu’entre temps, le réalisateur s’est passionné pour l’histoire de 4 pêcheurs du Nordeste Brésilien qui viennent d’effectuer plus de 2500 km en mer avec leur jangada -un radeau amélioré avec un look de planche à voile géante- sans boussole ni aucun instrument de navigation afin de réclamer quelques menus droits sociaux au pouvoir en place. Leur histoire a passionné le Brésil, ils ont été accueillis en héros à Rio et ont même été reçus par le Président de la République -fait étonnant pour le sieur Vargas qui n’était pas un apôtre de l’humanisme et du progrès social par ailleurs.

Une nouvelle idée à germé chez le cinéaste, retourner cette épopée moderne avec les acteurs de l’extraordinaire aventure.

Utilisant son pouvoir de conviction (limité par l’échec commercial de « La Splendeur des Amberson »), Welles finit par convaincre la RKO de lui allouer quelques milliers de dollars supplémentaires et c’est avec une équipe des plus réduite et une caméra noir et blanc de location qu’il filme ce qui deviendra « Four Men on a Raft ».

Malheureusement, le mauvais sort s’acharne sur le projet, un des marins meurt noyé en plein tournage, les fonds s’épuisent trop vites et le réalisateur compense par le génie de sa réalisation le manque flagrant de moyens dont il dispose. Quelques petits exemples ?
Il enterre parfois sa caméra et surélève souvent les acteurs sur des plateaux de fortune tenus par deux bouts de ficelles afin d’obtenir le cadrage souhaité ! Le résultat est néanmoins époustouflant et d’une beauté graphique et technique à couper le souffle.
Tout est bien qui finit bien, se dit-on... Et bien non ! L’aventure se termine par une quasi confiscation des bobines finales par la RKO...
Welles qui essaiera plusieurs fois de les récupérer finira par les croire perdues...

Mais voilà, en 1985, son ancien premier assistant, Richard Wilson, retrouve par hasard les bobines originales de « Four Men on a Raft » dans les fonds de la Paramount.

Le documentaire qui paraît aujourd’hui en DVD narre cette étonnante histoire de A à Z, agrémente le tout des images originales du Carnaval de Rio tournées par Welles et propose le documentaire perdue puis retrouvé. Commentaires de Jeanne Moreau que Welles surnommait « La meilleure actrice du Monde » en prime (Raimu étant le plus grand acteur du Monde pour lui), « It’s all true » (Tout est vrai) fait figure de document d’archive, de viatique vers le passé d’un grand cinéaste et offre surtout aux yeux de tous le très beau « Four Men on a Raft ».

Un DVD qui comblera même l’amateur de récits fantastiques à la condition expresse qu’il ne rate pas les cinq premières minutes du documentaire où l’on comprend que le Vaudou est peut-être plus puissant qu’on ne le croit.

On dit souvent que les grands cinéastes ne meurent jamais. Grâce à cette édition 0F2B, leurs œuvres non plus !

Pour les cinéphiles, les fans d’Orson Welles et les amateurs de belles histoires.

Stéphane Pons

FICHE TECHNIQUE

It’s all true
Film documentaire Américain N & B et Couleurs de Richard Wilson, Myron Meisel & Bill Krohn (1993)
Production originale : Paramount Pictures (via sa reprise du catalogue RKO)
Production documentaire : Les Films Balenciaga
Édition DVD : OF2B Éditions, 6 Cité Paradis, 75010 Paris.
Diffusion DVD : One plus One
Participation et Soutien à l’édition DVD : Centre National de la Cinématographie (CNC France)
Références : EDV 1751
Presse : Carine Levy-Khalifat (Absolument, Paris)
Site d’achat internet proposé : One Plus One « It’s All True »

Prix indicatif : 19,99 €

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES
DVD5 simple face, simple couche (4,03 Go), Pal, Zone 2.
Menu d’accueil : Français direct
Menu d’entrée avec une image fixe tirée de « Four Man on a Raft » et navigation via les items Film & Chapitres
Format image-Vidéo : 1.33:1 délivré en 4/3 TV.
Format Son : Anglais (Américain) et Portugais (Brésil) avec sous-titres en français et narration en français de Jeanne Moreau en 2.0.
Sous-titres : français direct et imposé sur les passages en vo.
Chapitres : 2 (début du documentaire et « Four men on a Raft »)
Bonus : néant mais ce petit miracle retrouvé n’est-il pas un bonus géant à lui tout seul ?
Durée : 1h 21mn 55s

APRÉCIATION GLOBALE
Cette édition DVD OF2B de « It’s all true » est un régal pour le cinéphile. Outre le fait qu’elle fait renaître à nos mirettes ébahies un film d’Orson Welles longtemps disparu, elle permet de savourer une fois de plus son sens inégalé du cadrage et de l’invention cinématographique -trouvailles techniques et imagination débridée en prime.
Une qualité d’image assez incroyable pour l’époque et les moyens techniques utilisés, parfaitement retranscrite par un transfert DVD nickel.


Stéphane Pons
10 octobre 2005






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Orson Welles narrateur...



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Et réalisateur débarquant au Brésil



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Pour ses rares images couleurs qu’il tourna



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Mais aussi un technicien surdoué et génial



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Qui savait saisir l’émotion juste



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Grâce à des plans superbes



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Graphiquement étonnants et précurseurs



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L’histoire de 4 marins



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qui firent un beau voyage...



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... mais la chance fuyait le grand Orson Welles !



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