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Nuit des Temps (La)
René Barjavel
Réédition, Presses de La Cité, 296 pages, 19,80 €


UN

La énième réédition de « La Nuit des Temps » tombe à pic. Publiée en 1968, cette histoire d’amour intemporelle utilise la trame de la science-fiction plus qu’elle ne s’inspire directement du genre.

Certes, la trouvaille de cette expédition polaire antarctique française qui découvre un artefact vieux de plus de 900 000 ans sous les glaces, un étrange refuge préservé du temps qui contient un couple d’humains quasi parfaits et à la beauté surprenante, est un prélude science-fictif par excellence.

Néanmoins, tous les thèmes abordés à travers le roman, aussi logiques -et parfois datés- qu’ils puissent paraître aujourd’hui, ne sont que des arguments que l’écrivain malaxe adroitement pour les insérer dans un canevas typique de son œuvre : avertir l’espèce humaine du danger que le progrès scientifique et technique fait peser sur l’humanité, délivrer un message pacifiste porté par la jeunesse (et non par des vieux schnocks) et surtout, en appeler à l’amour, le seul sentiment capable de transcender notre destinée.
L’intrigue de « La Nuit des Temps », les messages délivrés par René Barjavel sont paradoxaux à bien des égards. Écrivain étiqueté « de droite » (la suprême injure) par la nouvelle vague SF française de l’époque, ce roman allait très vite devenir symbolique de l’état d’esprit de Mai 68... Qui plus est, sa thématique jugée ultra conservatrice ou réactionnaire en son temps (non au progrès, gaffe à la science et ne noyons pas l’homme dans des sociétés trop grandes pour lui) s’avère être aujourd’hui typique d’un discours alter mondialiste à la José Bové... Comme quoi, du haut de son nuage, René Barjavel doit bien rigoler !

Alors oui, « La Nuit des Temps » fonctionne encore de nos jours. Le style de l’écrivain y est d’ailleurs pour beaucoup. Une écriture ciselée, digne, maîtrisée et poétique prend toujours le lecteur en tenaille et ne le lâche pas. On s’accroche, on vibre, on verse une larme (ou plusieurs) et on finit ému et touché.

René Barjavel est en cela aussi le représentant d’une période où certains romanciers français (B.R. Bruss, Jacques Spitz, etc.) écrivaient de la science-fiction sans le savoir... Et pour cause, ils n’avaient pas lu les classiques américains. Si dans ce registre finalement avant-gardiste, on peut préférer « Ravages », un roman apocalyptique de haute tenue et un classique publié en pleine occupation allemande, il n’empêche que comme le disait déjà Pierre Versins à propos de « La Nuit des Temps » dans sa fameuse et monumentale Encyclopédie :
« Pour les détails, avec Barjavel, on n’est jamais déçu ». Et c’est bien vrai !

Stéphane Pons

DEUX

Barjavel a surgi dans ma vie au début de cette année 2005. J’ai acheté toutes ses œuvres et j’ai commencé par « Ravages », puis « La Nuit des Temps ».

Ce qui surprend d’abord, c’est l’extrême respect et l’emploi précis qu’il fait de la langue française. Surprend parce que, de nos jours aussi, la maîtrise des mots est rare et donc précieuse.

Barjavel, par-delà les décennies, reste un auteur d’avant-garde. En 1968, malgré les révoltes estudiantines, les auteurs évoquent peu la sexualité avec une pareille liberté et une pudeur de bon aloi. Une telle ouverture d’esprit se retrouve aussi dans le roman qu’il a écrit en 1973, « Le Grand Secret ».

René Barjavel peut être considéré comme un auteur de science-fiction écolo avant l’heure : il prône souvent le retour aux valeurs simples et à la terre comme LA solution à toutes les déviances et les détournements que le progrès impose à la ligne du temps de l’humanité.

Alors que le physique d’Elea, la femme parfaite venue du passé de « La Nuit des Temps », est décrite avec force détails, elle m’est apparue plutôt comme Clio, la femme cyborg d’Albator version 78 : une sylphide bleue, drapée dans un voile qui dévoile plus qu’il ne couvre.

Pourquoi une telle absence de matérialité ? Peut-être que la perfection m’est inimaginable et que j’ai trouvé plus facile de la « recouvrir » pour effacer les défauts du grain de la peau...

Reste un roman doux et chaud, digne du cocon que ces premiers habitants ont construit pour abriter leurs exemplaires parfaits... Enfin... Vous comprendrez en le lisant !

Véro

ET TROIS !

« La Nuit des Temps » ? Il faut déjà y arriver, et les obstacles peuvent être de taille.
Il y a d’abord la méfiance légitime qui se dresse lorsque trop de personnes disent trop de bien d’une même œuvre.
« Tu DOIS lire la Nuit des temps de Barjavel ! »
Qu’est-ce que c’est que ce consensus ? Encore un bouquin qui prétend changer ma vie ? Et si je n’aimais pas, moi ?
Puis, les hésitations, jusqu’à ce que le livre en question vous tombe dessus depuis les rayons du bouquiniste et qu’à court d’arguments on finisse par l’acheter.
Ensuite viennent les longs mois d’étagères, où le roman est sans cesse repoussé au fond de la file des « à lire » pour cause de titre un peu pompeux et de couverture peu attractive.
Enfin, le mauvais choix de période pour la lecture courageuse des premières lignes du monument : que comprend-t-on de ces histoires de froid en pleine canicule estivale ?
Mais un jour, vers le retour de l’hiver, on oublie ses craintes et ses a priori, et on se saisit du roman de Barjavel.

Ce qui frappe tout d’abord, malgré le flou des commencements - qui annoncent, d’ailleurs, une conclusion funeste et non moins floue- c’est la beauté du français.
Des phrases poétiques, légères, imagées, même quand il s’agit de décrire des mécaniques anguleuses ou des notions compliquées d’anatomie humaine.
Un niveau de langue soutenu, sans être guindé, qui permet d’entrer sans s’en rendre compte au cœur d’une histoire, à peine vraisemblable :

Une expédition scientifique découvre en Antarctique, sous un kilomètre de glace, les corps, d’un homme et d’une femme, ayant vécu 900 000 ans plus tôt. Plus extraordinaire encore, ils ne sont pas morts.
Eléa, la femme, une fois ranimée, partage avec les hommes du présent, en son et images, les souvenirs qu’elle garde de sa société.
On découvre alors, une civilisation quasi paradisiaque, terriblement avancée, mais pas assez pour ignorer le pire : l’horreur de la guerre et les douleurs de l’amour.
Dans le rang des savants, convoitises, rivalités, joies, et amour aussi nous montrent l’humain tel qu’il a été et sera encore longtemps : potentiellement ange et démon, tour à tour, sans transition.

« La Nuit des Temps » entre les mains, on lit, on sourit, on se glace, on pleure, on se régale, mais on se dit tout de même : « Bah, c’était ça ? »
Parce que « La Nuit des Temps », est un interlude de franche (fraîche) satisfaction, qui ne change pas la vie pour autant.
Parce que dans « La Nuit des Temps », si tout est fort bien construit, rien en revanche ne semble vraiment naturel.
En bref, s’il n’est pas obligatoire de lire « La Nuit des Temps », on peut y aller sans crainte : il
y a du plaisir dans ce livre.

Ketty Steward

FICHE TECHNIQUE

Auteur : René Barjavel
Réédition : première édition 1968
Couverture : Atelier didier thimonier, photos copy getty, images et photonica
Éditeur : Presses de La Cité
Site internet éditeur : http://www.pressesdelacité.com
Pages : 296
Format (en cm) : 14 cm x 3 x 23 cm (broché)
Dépôt légal : Septembre 2005
ISBN : 2 258-06918-1
EAN : 9 782258069183

Prix : 19,80 €

Site internet d’achat conseillé : Amazon - La Nuit des Temps (cf. lien sur col. De gauche).


Stéphane Pons
Véronique
Ketty Steward
8 novembre 2005


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