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Incognito (T2) Mauvaises Influences
E. Brubaker & S. Phillips
Editions Delcourt

Zack Overkill a retrouvé son masque de super héros, sauf que, cette fois, il le porte pour chasser ses ex-collègues. Ceci ne pose aucun problème de conscience à Zack. Pour une fois qu’on lui propose un peu d’actions…
Mais les choses vont vite se compliquer pour lui lorsque ses nouveaux employeurs vont lui demander d’infiltrer les réseaux criminels, les clans dans lesquels sa tête est maintenant mise à prix.
Au contact de ses anciennes connaissances, Zack est en proie aux tourments et à de nombreuses questions. En quête d’identité, l’ex-super vilain va-t-il céder à ses vieux démons ?



Je l’avoue, j’étais plutôt passé à côté du premier épisode, “Projet Overkill”. Bien qu’encensé par certaines critiques, j’étais resté insensible au travail d’Ed Brubaker et Sean Phillips. Entre temps, ce premier volume a reçu quelques récompenses, dont une nomination (ce qui est déjà pas mal !) dans la catégorie Essentiel au Festival d’Angoulême 2011. Je crois même que c’est la première fois qu’un titre de Marvel accède à la sélection officielle de cet évènement. Dans ce cas, c’est bon, je m’incline.

Dans le premier opus, nous faisions la connaissance de Zack Overkill, super-criminel repenti depuis la mort de son jumeau Xander. Il avait ainsi participé au démantèlement d’une organisation du crime pour le compte du Special Operation Service (SOS). Placé sous protection par le SOS, Zack découvrait une vie étriquée et insipide, noyée dans la masse des anonymes sans super pouvoir. Mais cette mauvaise période touchait à sa fin, car les pouvoirs de Zack lui reviennent peu à peu. L’heure de la vengeance a sonné.
Dans ce deuxième épisode, Zack trouve un nouvel employeur, à la hauteur de ses capacités. Une organisation secrète en a chassé une autre. Désormais, il ne travaille plus pour la bande du diabolique Black Death, toujours emprisonné, mais pour les fédéraux du SOS. Si Zack a changé de camp, ses méthodes restent les mêmes.

Sous les ordres de Zoé Zeppelin et du colonel Von Chance, Zack traque et élimine les derniers sbires de Black Death à New-York. Ce défouloir est un véritable régal pour cet ex-super vilain. La partie « non-professionnelle » du boulot reste cependant une épreuve pour Zack : entre deux opérations spéciales, il doit continuer à vivre parmi la foule d’anonymes et conserver son identité secrète. Il doit également subir les expérimentations des scientifiques fédéraux dans les laboratoires du SOS. Zack ronge son frein en silence…
Après un an de bons et loyaux services, Zack se voit confier une bien étrange mission. Il doit infiltrer les bandes clandestines et retrouver la trace d’un agent double. Simon Slaughter était un des meilleurs agents du SOS. Il a réussi à intégrer l’organisation terroriste international appelée Level 9, mais il semble s’être perdu en chemin. Bientôt, il en prendra la tête… Pour découvrir les véritables intentions de Simon, Zack va devoir renouer avec ses anciens alliés.
Dans le même temps, le légendaire super héros Lazarus, dont Zack est l’un des héritiers, refait étrangement surface. Le destin de Zack serait-il scellé ?

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Cet album me semble beaucoup plus profond que le précédent, plus psychologique en fait. Les états d’âmes du repenti en manque d’actions, comme c’est le cas dans “Projet Overkill”, est une idée assez courante en littérature. En revanche, la psychologie de Zack apparait ici comme beaucoup complexe et torturée. Elle évolue même au fil du scénario. D’un côté, il jubile de retrouver ses anciens acolytes, les ambiances d’alcool et de filles faciles, de l’autre la confiance impossible et l’esclavagisme sous-jacent le font rager. Pire, il rage d’en rager. L’empathie, comme un terrible virus, ronge Zack de l’intérieur.
La série est toujours aussi sombre et ultra-violente. Certaines images peuvent choquer, comme celle des gamins gonflés aux super stéroïdes et aux implants scientifiques se battant, hystériques, dans une arène faite de barbelés. Âmes sensibles…
L’aspect polar du premier tome est un peu mis de côté, au profit d’un récit d’espionnage. Même si la voix off est toujours très utilisée dans la narration, celle-ci permet surtout de présenter les dilemmes de Zack face à son ex-nouvelle vie. Dans cet environnement nauséabond, au clivage Bien Vs Mal tant marqué, il est captivant de suivre notre ex-super vilain en proie aux doutes, oscillant entre les deux mondes. On se surprendrait presque à avoir de l’affection pour Zack.

Ce volume est divisé en cinq chapitres. En fait, ces cinq parties regroupent les cinq épisodes édités chez Marvel, sous le label Icon. Si la pagination a été conservée, il est regrettable que les superbes couvertures originales n’aient pas été reprises à l’identique. Seule une image, au-dessus du titre du chapitre, rappelle ces couvertures.

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Pour cette série, Ed Brubaker s’est une nouvelle fois associé à Sean Phillips pour les illustrations. Ensemble, ils ont réalisé les séries “Sleepers” et “Criminal”, dont le tome cinq a remporté le prix BD Quai du polar à Lyon en mars dernier. Fort de ce succès, les éditions Delcourt ont signé les droits de la prochaine série de ce duo. Elle s’intitulera “Fatale”.
Une fois encore, les traits de Sean Phillips sont volontairement épais, accentuant l’ambiance glauque et crépusculaire de l’ensemble. Ses dessins sont fortement encrés, les zones d’ombre constituant parfois plus de la moitié de la case. J’avoue ne pas être fan de ce genre d’illustrations, mais il faut admettre que le travail de Phillips sert parfaitement le récit.
Les plus critiques d’entre nous pourront reprocher le manque de décors dans certaines cases. Peut-être est-ce là une façon de renforcer l’intrigue en limitant la lecture aux éléments essentiels du récit.
Le travail de Val Staples reste assez inégal. Si certaines teintes sombres ou feu respectent parfaitement l’ambiance noire et les scènes d’actions, il est parfois étonnant de tomber sur une planche entièrement verte ou rose. Comme dans le premier volume, les arrières plans sont malheureusement souvent monochromes.

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Comme le précédent opus, ce volume peut se lire en one-shot. Néanmoins, il est fortement conseillé d’avoir lu le premier tome pour pleinement apprécier la richesse de la série, son ambiance malsaine, son intrigue percutante. Par ailleurs, les dernières planches de “Mauvaises Influences” introduisent déjà ce que sera le troisième tome : Zack se retrouve incarcéré dans la même prison que Black Death. L’affrontement est maintenant inévitable…


A lire sur la Yozone :
Projet Overkill (T1)


(T2) Mauvaises Influences
- Série : Incognito
- Scénario : Ed Brubaker
- Dessin : Sean Phillips
- Couleur : Val Staples
- Editeur : Delcourt
- Collection : Contrebande
- Dépôt légal : 2 novembre 2011
- Format : 173 x 264 mm
- Pagination : 156 pages
- ISBN : 978-2-7560-2357-1
- Prix Public TTC France : 14,95 €


Illustrations © Phillips et Delcourt (2011)


Allison & Julien
10 décembre 2011






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