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Sleepy hollow
Film américain de Tim Burton (1999)
Sortie nationale le 9 février 2000


Genre : Fantastique
Durée : 1h45

Avec Johnny Depp (Ichabod Crane), Christina Ricci (Katrina Van Tassel), Miranda Richardson (Lady Van Tassel/Crone), Michael Gambon (Baltus Van Tassel), Casper Van Dien (Brom Van Brunt), Jeffrey Jones (Reverend Steenwyck), Christopher Lee (Burgomaster), Richard Griffiths (Magistrate Phillipse), Ian McDiarmid (Docteur Lancaster), Michael Gough (Notary Hardenbrook), Christopher Walken (Hessian Horseman), Marc Pickering (Young Masbath), Lisa Marie (Lady Crane), Steven Waddington (Killian), Claire Skinner (Beth Killian), Alun Armstrong (High Constable), Mark Spalding (Jonathan Masbath), Jessica Oyelowo (Sarah), Martin Landau (Van Garrett)

Avec Sleepy Hollow, qui marque la troisième collaboration entre le fantasmagorique Tim Burton et le charismatique Johnny Depp (« Edward aux mains d’argent », « Ed Wood »), le réalisateur renoue avec l’univers gothique, baroque et décalé qu’il a ciselé, au long de sa carrière, dans l’imaginaire collectif et poursuit son exploration des grands thèmes de la culture populaire.
Cinéaste mélancolique, après sa vision de la banlieue de son enfance (« Edward ... »), les super-héros de comics (« Batman »), la science-fiction des années 50 (« Mars Attack »), il revisite, cette fois, le cinéma d’épouvante, et plus précisément les productions de la Hammer.
Si l’inspiration de ce nouvel opus Burtonien prend ses racines dans un comte anglo-saxon du siècle dernier, La légende Sleepy Hollow de Washington Irving (déjà transposée à l’écran en une version animée par la compagnie Disney, un ancien employeur du délirant réalisateur de « Beetlejuice »), son adaptation est totalement personnelle et originale.
Même si la scénarisation a subit l’imagination fertile d’Andrew Kevin Walker (qui a déjà sévit sur « Seven », « The Game », « Event Horizon » et qui travaille actuellement sur les projets de « La planète des singes » et « Rendez-vous avec Rama »), l’histoire semble avoir été aspirée puis intégrée par le réalisateur californien pour venir compléter les bribes de son univers et s’inscrire dans le prolongement de « L’étrange noël de Mr Jack ».
Ayant raté, peut-être volontairement, le coche des peurs millénaristes, Tim Burton se rattrape en nous entraînant dans la nouvelle Angleterre de l’aube du XIXème siècle.
Johnny Depp endosse à nouveau, après la neuvième porte, le rôle d’un enquêteur travaillant cette fois-ci pour la police de New-York en l’an 1799.
Personnage torturé (il a été le témoin involontaire, durant son enfance, du meurtre de sa mère par son père, un fou de Dieu), sans conviction religieuse, déçu par le comportement de la justice, partiale et bornée, Icabod Crane revendique des méthodes de police plus scientifiques, allant au-delà des simples apparences si souvent trompeuses.
Il est clair qu’Icabod, toujours près à autopsier un corps pour approcher la vérité, dérange ses patrons. Du coup, ces derniers l’envoient à la campagne, à quelques heures de New-York, dans la petite bourgade de Sleepy Hollow où une vague de meurtres semble déferler depuis que l’on a retrouvé quatre cadavres décapités.
Très sûr de lui, il débarque en pleine nuit, ses méthodes modernes en tête et son attirail d’ustensiles chirurgicaux, à vocation médico-légales, en sacoche.
C’est par petites touches que Burton nous fait pénétrer dans la dimension onirique, la toile cauchemardesque, dont est empreint son récit.
On apprend, tout d’abord, la disparition des têtes des quatre victimes, ce qui faut avouer n’est pas vraiment commun, puis le cercle des notables de Sleepy Hollow lui explique que ce boucher n’est autre que le cavalier sans tête, un fantôme issu du passé, venant, sur son flambant destrier, se venger de ses assassins en décapitant à tour de bras.
C’en est trop pour le jeune inspecteur new-yorkais qui préfère écourter cette discussion et attendre le lever du jour pour entamer ses investigations avec des méthodes plus rationnelles. Mais rapidement, ses certitudes vont s’effondrer lors de sa première rencontre avec le cavalier acéphale, surgi de la forêt sur sa monture déchaînée, l’épée diabolique de sa vengeance à la main.
La terrible confrontation entre le policier cérébral et le monstre étêté se met en place.

Burton souligne et matérialise la présence surnaturelle, maléfique, par l’intermédiaire d’un épais brouillard qui recouvre les cieux d’une impénétrable toile, raccourcit les horizons, restreint les capacités visuelles, appesantit l’atmosphère et donne au récit une colorisation à dominante gothique. Il faut dire qu’il s’en donne à cœur joie dans le registre visions effrayantes et décapitations en série. A ce titre, l’arbre maléfique, passage entre deux mondes, d’où le cavalier démon jaillit, est une totale réussite.
A ses côté et sur le plan musical, on retrouve un des ses compagnons de route, Danny Elfman (ex-leader du groupe de la scène punk californienne Oïngo Boïngo) qui, une fois de plus, impose une partition des plus envoûtante.
Les effets spéciaux et créatures sont l’œuvre de Kevin Yagher, à l’origine du projet, dont le travail de grimage sur le spectre vengeur est tout à fait remarquable.
L’interprétation est à l’image de ses interprètes, d’un très bon niveau.
Le réalisateur utilise à merveille l’apparence angélique, fragile et les déplacements syncopés (rappelant parfois ceux de Mister Jack) de Johnny Depp, un de ses acteurs fétiches, n’oublions pas Michael Keaton, dans ce rôle de policier poltron et collet monté, rappelant nettement Peter Cushing, obligé d’utiliser la violence, non par volonté ou désir, mais par obligation et instinct de conservation.
Christopher Walken, malgré un rôle sans dialogue, et une tête rarement sur les épaules, concrétise une mémorable créature d’épouvante, superbement effrayante, quant à Christina Ricci, qui interprète la jeune Katrina Van Tassel, elle compose une habitante du village à la présence teintée d’irréalisme.
A noter également, les trop courtes apparitions de Martin Landau, puis ensuite de Christopher « Dracula » Lee, un hommage vivant aux productions Hammer.
Quelques clins d’œil, relatifs à la filmographie Burtonienne, parcourent ce récit fantastique. En effet, comment ne pas penser au « Noël de Mr Jack » en découvrant l’épouvantail à tête de citrouille tout droit sorti d’une parade d’Halloween, à « Beetlejuice » lors de la confrontation avec la sorcière de la forêt, ou encore à « Edward aux mains d’argent » en visualisant les instruments étranges mais savamment sophistiqués, qu’Icabod extrait de sa précieuse sacoche. Ajoutons à cela quelques prouesses de monte-en-l’air digne de « Batman », voire même en conclusion de film, un soupçon esthétique au relent de « Mars Attack ».
Exercice de style, fantastiquement effrayant Sleepy Hollow n’est pas exempt d’humour, heureusement pour nous, mais Tim Burton le distille parcimonieusement, utilisant savamment le jeu de Johnny Depp, souvent en décalage avec l’horreur de la situation, pour ponctuer les scènes les plus éprouvantes et nous permettre de reprendre souffle et esprit.

Du grand Burton qui signe, une nouvelle fois, un des événements cinématographiques de l’année.

FICHE TECHNIQUE

Titre original : Sleepy hollow

Réalisation : Tim Burton
Scénario : Andrew Kevin Walker, d’après Washington Irving (The Legend of Sleepy Hollow)
Producteurs : Scott Rudin, Adam Schroeder
Coproducteurs : Andrew Kevin Walker, Kevin Yagher
Producteurs exécutifs : Francis Coppola, Larry J. Franco
Musique : Danny Elfman
Effets spéciaux : Kevin Yagher, Jim Mitchell, Paddy Eason, Joss Williams
Photographie : Emmanuel Lubezki
Montage : Chris Lebenzon
Casting : Susie Figgis, Ilene Starger
Décors : Rick Heinrichs
Costumes : Colleen Atwood
Maquillages : Gary J. Tunnicliffe (KYPI)

Production : American Zoetrope, KAROL Film Produktions GmbH & Co. KG, Mandalay Pictures, Paramount Pictures, Scott Rudin Productions
Distribution : Pathé

Pour Imagivore : Les Imaginautes
(Critique parue dans ASFC 2000)


Bruno Paul
10 avril 2000



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